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Le réalisateur était à Mâcon le 20 janvier dernier pour présenter en avant-première son long métrage « L'Empereur ». Le film sort mercredi prochain.

Douze ans après « La Marche de l'empereur », primé de nombreuses fois, dont l'oscar du meilleur documentaire, Luc Jaquet est retourné en Antarctique et en est revenu avec un deuxième film sur les manchots empereurs, cette espèce si particulière et attachante qui le fascine, l'obsède et l'émerveille.

Devenir grand...

L'histoire raconte le destin d'un jeune manchot empereur, de l'éclosion de l'œuf, en plein hiver austral (une moyenne de moins 40° C, des vents soufflant à 200 km/h), jusqu'à son entrée dans la vie adulte.

Une histoire incroyable et vraie, qui se déroule en Antarctique, dans l'un des endroits les plus froids, les plus inhospitaliers de la planète. Comment fait-on pour survivre et grandir dans cet univers impitoyable, étincelant de glace et de beauté, là où, après l'empereur, plus rien de vivant, pas la moindre bactérie ne peut exister ? Chez le jeune poussin, où se situe la frontière entre l'inné et l'acquis ?

Luc Jacquet montre le rôle essentiel des parents. Pour les besoins vitaux du nourrisson, mais aussi dans l'apprentissage et l'éducation. La caméra s'immisce au sein de la manchotière, là où la colonie (près de 7 000 individus) a élu domicile pour les longs mois d'hiver.

Et l'on se retrouve dans l'intimité des manchots empereurs, témoin de leurs heurs et malheurs, de leurs us et coutumes. Jusqu'au jour où la métamorphose de l'oisillon en adulte s'achève.

Alors, répondant à l'appel mystérieux du grand large, il va partir avec ses semblables pour le grand saut dans l'inconnu, l'Océan, sa seconde patrie qu'il va découvrir pour la première fois.
« J'ai vécu ce grand moment où ils se sont jetés à l'eau », raconte Luc Jacquet.
« Je les avais suivis pendant trois jours sur des kilomètres. Je ne les ai pas quittés des yeux, progressant à leur rythme. Ils s'arrêtaient, je m'arrêtais, ils repartaient, je repartais. J'ai avancé avec eux jusqu'à l'eau. Pour la première fois j'allais assister au grand plongeon des poussins empereurs. » Cet instant crucial le bouleverse encore.

« L'empereur est l'animal le plus facile à filmer au monde. Curieux, familier, jamais agressif, c'est l'une des rares espèces sauvages qui n'a pas peur de l'homme. Si vous n'allez pas à lui, c'est lui qui vient à vous, il vous touche, vous inspecte, essaie même de communiquer.»
Son apparence et sa façon de se tenir debout lui prêtent une silhouette humaine. Vu de dos, la ressemblance est troublante, reconnaît le cinéaste.

Le continent blanc...

En filigrane, le film est porteur de message. L'Antarctique est une « région étrange », « une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science », qui double de superficie en hiver avec la formation de la banquise.

La calotte de glace qui le recouvre en permanence représente 80 % des stocks d'eau douce du globe. Cette contrée aux paysages éblouissants à la fois immuables et éphémères, sans cesse refaçonnés par les vents et les tempêtes, hostile à toute forme de vie, accueille pourtant une espèce singulière : le manchot empereur, à l'aise dans le désert de glace comme à six cents mètres sous l'eau. Dégagé de tout superflu, c'est un concentré de technologies animales.

« Au fil de son évolution, l'empereur a créé une forme d'excellence qui lui permet de survivre là où aucun vivant n'y parvient », note Luc Jacquet.

Pourtant, cette excellence forgée au cours des millénaires est menacée, fragilisée par des changements environnementaux dus à l'activité humaine à l'autre bout du monde.

Le réalisateur met en garde : « Le moindre bouleversement dans le climat va impacter cette mécanique bien agencée. Il suffit d'un petit écart pour que tout s'effondre. Pour la première fois depuis des siècles, il pleut en Antarctique, mettant en danger les poussins empereurs dont le duvet n'est pas étanche les premiers mois. Mouillés, ils meurent gelés. Et depuis peu, de la végétation apparaît, bouleversant l'écosystème… Alors si “L'Empereur” peut aider à ouvrir les yeux, je serai le plus heureux des hommes. »

« L'Empereur », film de Luc Jacquet, en salles le 15 février.

Raymonde Auribault

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