Cluny

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Mardi soir, Anne Baud, maître de conférence en archéologie médiévale à l'université Lumière Lyon 2, a présenté à Cluny ses derniers travaux archéologiques sur les origines de l'abbaye.

 

C'est un travail extrêmement long qui demande beaucoup de patience. Anne Baud a présenté mardi soir les résultats des fouilles menées au sein de l'abbaye entre 2011 er 2013, actuellement en cours de publication. En dépit du grand intérêt que l'abbaye suscite chez les historiens et archéologues du monde entier, le site est dans l'ensemble encore assez peu étudié. Grâce à des fouilles annuelles, l'archéologue Anne Baud tente depuis 1992 de renouveler les connaissances sur ce site, qui fut à son apogée au XIIème siècle, le plus grand ordre monastique médiéval d'Occident.

 

Depuis quelques années, la chercheuse s'intéresse particulièrement aux origines de l'abbaye. Quand les moines viennent s'installer dans la vallée de la Grosne en 910, le site est déjà occupé par une demeure aristocratique carolingienne. C'est à partir de cette « villa carolingienne » que la communauté va petit à petit développer son ordre et construire bâtiment après bâtiment - de plus en plus grand, de plus en plus majestueux - jusqu'à la construction de la plus grande église de la chrétienté, l'église « Cluny III », dont seulement 10% sont préservés aujourd'hui.

L'américain Kenneth John Conant (1894-1984) sera le premier à reconstituer le plan de cette villa et même si celui-ci s'est avéré pas tout à fait correct, il a tout de même prévu l’existence d'une petite chapelle. Les travaux d'Anne Baud ont validé cette hypothèse, la chapelle de la demeure aristocratique sert à l'arrivée de moines d’église abbatiale, le temps qu’une église monastique soit construite. Cette chapelle est donc le premier lieu de culte de Cluny, celle que les historiens appellent « Cluny I » et dont on a longtemps pensé qu'elle avait été construite par les moines eux-mêmes.

 

Les fouilles ont dans leur majorité, permis de mettre à jour les fondations des premiers bâtiments, sur lesquelles les moines ont successivement reconstruit siècle après siècle. Ses découvertes ont permis à Anne Baud et son équipe d'établir des plans de l'abbaye au Xème siècle et de dévoiler des informations précieuses sur l'organisation de la communauté.

Les fouilles ont également mis à jour deux sépultures dans le cloître, qui fait aujourd'hui parti de l'Ecole des Arts et Métiers. La première sépulture est masculine et date du IXème siècle. Il s'agit vraisemblablement d'un moine qui a eu droit à une inhumation privilégiée.

La deuxième sépulture, datée entre 858 et 1020 et de sexe féminin, a été inhumée dans un sarcophage mérovingien de remploi. Une très belle découverte pour deux raisons : à ce jour, seulement trois exemplaires de sarcophages mérovingiens sont connus en France ; les inscriptions révèlent qu'il s'agit ici de Ava, la sœur de Guillaume d'Aquitaine, qui est le fondateur de l'abbaye de Cluny.

 

Les campagnes de fouilles menées dans l'avenir seront la suite logique de ces découvertes. Elles permettront sans doute d'en savoir plus sur l'ancienne infirmerie monastique qui se situe actuellement dans la cour de l'école. L'équipe est d'ailleurs tombée sur des céramiques antiques en creusant profondément, ce qui indique qu'une villa antique pourrait se trouver en dessous de la villa carolingienne.

Ce ne sont donc pas les pistes d'exploration qui manquent à Anne Baud, qui est déterminée à élargir toujours plus les lieux de fouilles pour «  mieux connaître les espaces enfouis dans le sol afin de comprendre les origines de Cluny ».


Delphine Noelke

 

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