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Elsa Diringer, invitée par le Cinémarivaux dans le cadre du mois des Drôles de dames du Théâtre-Scène nationale, présentait en avant-première « Luna », son premier long métrage.

« On n'est pas sérieux quand on a 17 ans », disait le poète. C'est bien le cas de Luna, belle plante poussée au soleil, délurée, amoureuse, prête à tous les excès pour garder les faveurs de son petit ami Ruben. Un avortement semble pour elle un acte banal, sans conséquence, qui n'entame en rien sa vitalité débordante. Pas fainéante, elle est heureuse d'avoir décroché un emploi aidé, « un travail pas si pourri que ça » dans une exploitation maraîchère. Ses loisirs consistent à traîner avec Ruben et sa bande de copains bruyants, hâbleurs, qu'un souffle peut pousser vers une violence destructrice. Lorsque l'intolérable, l'impensable arrive, cette vie insouciante va soudain basculer dans le côté obscur. Pour les bourreaux, la rédemption est-elle possible ? Pour les victimes, le pardon, sinon l'oubli, est-il envisageable ?

Emotion palpable dans la salle après la projection à laquelle assistaient de nombreux parents. Dialoguant avec des spectateurs bouleversés, Elsa Diringer a livré quelques éclairages sur son film.

« Ce n'est pas un film autobiographique », annonce-t-elle d'emblée. Mais, imaginant son héroïne fictive Luna, elle s'est souvenue d'« une amie d'enfance, belle, dynamique, vivante comme Luna, qui faisait toujours de mauvais choix amoureux ». « L'humain est vertigineux », analyse la réalisatrice. « Il est capable du pire et du meilleur. Comment peut-il faire à la fois des choses abjectes et des choses sublimes ? Cette interrogation m'a habitée tout au long de l'écriture du scénario. »

 

« C'est un film sur la jeunesse », admet la cinéaste, « mais aussi et surtout sur les phénomènes de groupe. J'ai beaucoup travaillé dans le milieu scolaire avec des ateliers vidéos dans des collèges. Une année je suis tombée dans une classe de 4e où il y avait un cas de harcèlement poussé. Tous ces gamins pris individuellement étaient sympathiques, mais ensemble, c'étaient des monstres. Ça m'a posé question. »

Pas de regard sociologique, encore moins de stigmatisation de tel ou tel milieu social : l'horreur préexiste à tous les niveaux. « J'ai voulu me concentrer sur un combat moral, intérieur », précise Elsa Ridinger, qui mûrit déjà un prochain sujet : « Un film noir, un peu plus politique, sur un sentiment de plus en plus présent aujourd'hui en France : la haine de l'autre. »

« Luna » a été tourné pendant l'été 2016 dans les environs de Montpellier, région d'adoption de la réalisatrice. Entre les cités-dortoirs péri-urbaines et les rives ombragées de l'Hérault, Elsa Diringer a su capter cette lumière si particulière du Midi, que l'on soit côté ombre ou côté soleil, comme Luna, jeune fille en pleine construction.

« Luna », film d'Elsa Diringer, avec Rod Paradot (césar du meilleur espoir masculin 2016) et Laëtitia Clément (découverte surprise, dont c'est la première expérience cinématographique), sortira en salles le 11 avril.

                                                                                                                 R. A.

 

 

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