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Un homme de 43 ans, qui se rendait mercredi matin à son stage chez un viticulteur, a été contrôlé par la police. L'affaire a été réglée au tribunal ce jeudi dans le cadre d'une comparution immédiate. Récit.

 

Il était 7h50 mercredi quand Y.H. circulait en direction de Pouilly-Fuissé pour se rendre au domaine viticole où il effectue un stage en vu de l'obtention d'un CAP viticole.

Sur la route, à Mâcon, il fait alors l'objet d'un contrôle de routine.

Les policiers constatent que le véhicule ne lui appartient pas, qu'il n'a pas son permis de conduire (il n'a plus de point), et que le test de consommation de produits stupéfiants s'avère positif (cannabis fumé la veille au soir).

Conscient de ses torts et déjà rongé par le remord, Y.H. se fait passer pour son frère quelques instants... mais les policiers trouvent une carte du CFA dans le lequel il se forme et sur laquelle sont mentionnés ses noms et prénoms...

Là dessus, ils lui demandent de le suivre au commissariat. Il sera entendu et placé en garde à vue. Un signalement est fait au procureur.

 

Au vu de ses antécédents judiciaires – 10 ans de sa vie passés derrière les barreaux, essentiellement pour trafic de stupéfiants, mais également pour blessures involontaires suite à un accident de voiture alors qu'il était sous l'emprise du cannabis – et compte tenu de la dangerosité de son dernier acte, le ministère public ordonne une comparution immédiate.

 

« Je voulais absolument me rendre à mon stage, honorer mon maitre de stage »

 

À 43 ans, la liberté après un total de dix années passées en prison semble donner quelques vertiges difficiles à gérer. Y.H. a pourtant résolument décidé de s'en sortir : « Je voulais absolument me rendre à mon stage, honorer mon contrat. » Il regrette ce qu'il vient de faire et reconnaît tous les faits qui lui sont reprochés. « J'ai jugé, à tort, que je pouvais le faire. »

Evidemment, il a joué gros, très gros... risqué de tout perdre en quelques minutes. Il le sait et son avocate plaidera l'indulgence pour cet homme qui donne tous les signes de la volonté de tourner la page. Et ceci très vite car il est sorti de prison le 13 juin 2019 !

« C'est la première fois de sa vie qu'il trouve quelque chose qui lui plaît » argumente maître Covarel. « Il est très actif et fait des efforts réels pour se sortir de là. Le sursis mis à l'épreuve auquel il est soumis est respecté, il se rend aux rendez-vous du service d'insertion et de probation. »

 

Retour en prison ou pas ?...

L'enjeu du mandat de dépôt pour ce « rescapé social »

 

L'expression est du président du tribunal au moment de l'exposé des faits. Elle laisse pressentir une issue plutôt favorable pour le prévenu.

 

Avant la plaidoirie, la procureure vient de requérir 6 mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt, insistant sur les délits précédents, l'usurpation d'identité, et le danger que Y.H. représente pour le tout venant qui traverse ou prend la route ce mercredi matin.

Maître Covarel revient sur l'usurpation d'identité pour appuyer sa défense : « Elle n'a duré que 5 minutes. Il n'y avait pas de volonté de persister là dedans contrairement à ce que Mme la procureure semble dire. Très vite il s'est mis dans une posture de reconnaissance et de regret. Il sait qu'il a tout à perdre et regrette profondément. Il en a pleuré, il est très touché par ce qu'il a fait mercredi matin. »

« Je sais qu'il y a le marteau au dessus de ma tête » dira-t-il avant que les juges ne se retirent pour délibérer. « Laissez-moi ma chance, vous verrez que je ne vous décevrai pas. »

Les propos font mouche.

 

Le verdict est donné quelques minutes après la suspension d'audience par le juge Mahrez Abassi, qui prend le temps de l'explication, de la pédagogie pour un homme qui, visiblement, a trouvé le droit chemin après un lourd parcours de trafiquant : « L'enjeu, c'était le mandat de dépôt » entame le juge. « Nous sommes à un carrefour et la question était de savoir si l'on vous envoyait en prison ou pas. C'est le glaive que vous avez au dessus de la tête, je le préfère au marteau.

Il était évidemment plus facile de vous envoyer en prison. Mais nous avons décidé de vous donner une chance, de vous tendre la main car nous voyons bien que vous êtes au début d'une renaissance sociale. Saisissez-la, faîtes en quelque chose de vrai, de beau. Allez-y à pied, en courant ou en vélo ! soyez à la hauteur de cette indulgence.

D'autres tribunal vous auraient peut-être envoyé en prison, ils auraient eu raison. Cette comparution immédiate était parfaitement justifiée, tout comme la condamnation requise par madame la procureure. Ce tribunal en a décidé autrement. Ayez-en pleinement conscience. »

 

Y.H. A été reconnu coupable et a écopé de 8 mois dont 2 pour usurpation d'identité. Pas de mandat de dépôt.

Le chemin de la rédemption est ouvert.

Rodolphe Bretin