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Détenu depuis août pour rébellion et outrage, il avait obtenu le placement sous surveillance électronique. C’est donc chez lui que la police l’a arrêté pour trafic de stupéfiants.

 

H. H. a 24 ans, il vit du côté du boulevard des Etats Unis, on peut l’appeler « Béné » puisque c’est ainsi qu’il se présente quand il deal, et c’est aussi comme ça que ses amis le désignent en dehors de la salle d’audience.
Pendant l’audience, sortant de garde à vue, H. n’en démord pourtant pas : il ne connait pas Béné, Béné c’est pas lui, son téléphone, c’est pas le sien. Il est un honnête jeune qui cherche du travail mais n’en trouve pas, à cause de la crise. Il vit toujours chez ses parents, malades tous les deux, il s’en occupe. Il reconnaît être consommateur occasionnel de cannabis, et si 6 de ses acheteurs l’ont formellement identifié, c’est parce que « désœuvré », il « traîne », c’est pas génial, mais c’est pas de sa faute, et ce n’est pas un délit. Il a 3 mentions à son casier, 2 mois avec sursis au Tribunal pour Enfants, et des amendes pour défaut d’assurance sur une voiture.

 

Il est poursuivi pour une période allant de juillet 2014 à août 2015, moment auquel il a été incarcéré pour une autre cause. L’enquête qui a permis son arrestation avait commencé bien avant. Au départ de l’enquête, un soupçon de trafic du côté de Cluny. La police entend plusieurs personnes. L’une d’entre elle dit acheter pour sa consommation à un certain Béné, dont il donne le numéro de téléphone. On le met sur écoute. De fil en aiguille, 6 personnes vont identifier Béné comme leur revendeur, quasiment toujours sur le parking du centre commercial Leclerc, à côté du boulevard des Etats-Unis.

Le Président détaille les auditions de ces personnes, et ça agace un peu le prévenu : « J’ai dit pendant 50 heures de garde à vue aux enquêteurs que je ne connais pas ces gens. » En août, lors d’une perquisition, on trouve chez lui de l’argent liquide, 2 000 € gagnés « en cueillant les cerises ». Puis finalement, ce n’est pas à lui, c’est à son frère, son frère actuellement incarcéré, qui écrit, d’ailleurs, pour demander qu’on lui restitue la somme.

Ses acheteurs ne sont pas du quartier, ils vivent tous en des endroits différents, et toutes leurs déclarations concordent, y compris la description physique : « On est dans un quartier, on est tous maghrébins, Monsieur. Je traîne, alors on me voit. »

Béné compte un peu sur le fait que la police n’a jamais retrouvé le téléphone en question, mais le Parquet marque un point, s’il en était besoin, en confrontant Béné à l’une des conversations écoutées : il appelle son avocat, se présentant comme H. H., pour parler du bracelet électronique… Silence déconfit.

 

Verdict : coupable, 12 mois de prison, mandat de dépôt.

Les copains du boulevard accusent le coup, 1 an « c’est trop ». Qu’espéraient-ils au juste ? « C’est parce qu’il est du quartier, ça, c’est toujours pire quand on vient du quartier. »

Florence Saint-Arroman