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lundi 20 mai 2019
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Hier soir à 22h40, l'information passe sur les réseaux sociaux : « Ya une caisse qui flambe au complex », «  La mtn? », « Oee, Sa pue le cramer J'sent jcroi ».

 

Au même moment, Christine X et son fils se trouvent prisonniers de leur maison : le feu qui dévore la kangoo familiale les empêche de sortir, ils sont coincés. Les flammes attaquent l'habitacle, le moteur, ça claque, les flammes sont hautes, des étincelles partent sur le toit, la chaleur fait fondre les plexiglas du garage mitoyen, la fournaise calcine les buissons.

Les pompiers interviennent.

Il ne reste que la carcasse du véhicule, allée de la Lyre aux Saugeraies.

 

L'allée de la Lyre est en effet toute proche du complexe sportif, celui dont une vitre a été cassée dans la nuit du 18 au 19.

L'allée de la Lyre est une petite poche de maisonnettes construites en cercle autour d'un parterre de gazon et de quelques arbres. Il y avait des bancs pour se poser au soleil, il n'y en a plus : des gens venaient pique-niquer et laissaient tous leurs déchets, c'était sale, on enleva les bancs. A l'entrée de ce tout petit lotissement, on voit des sacs poubelles posés au sol : le container a été incendié lui aussi dans la nuit du 18 au 19, il n'a pas encore été remplacé.

 

Pendant la flambée, « des mômes » étaient là, et « ils rigolaient, ils rigolaient »

 

Avec tout ça, personne dans le lotissement ne croit à l'hypothèse d'un feu accidentel. Pour tous, il est évident que le feu est criminel, et que si c'est tombé sur la voiture de Christine, c'est seulement parce qu'une allée pour piétons longe sa maison : facile de venir, facile de repartir. Personne n'en fait donc une histoire de personnes, mais une affaire de circonstance, et d'ambiance.

Un peu tendue l'ambiance. Du reste, pendant la flambée, « des mômes » étaient là, à prendre des photos et des vidéos avec leurs smartphones, et « ils rigolaient, ils rigolaient ».

 

« Ceux qui font ça n'ont pas forcément conscience que leurs actes

peuvent avoir des conséquences graves »

 

La victime de cette nouvelle agression (si l'on suit les certitudes des habitants – une enquête criminelle est en cours) en connaît quelque chose, de « ces mômes ». Sa profession l'a amenée à en connaître, et à en recadrer, à en aider. Aussi si les jeunes incendiaires de voitures, de poubelles, espéraient, on ne sait jamais, attiser des discours haineux en même temps, c'est peine perdue, car si Christine a déjà eu à souffrir de caillassages (il y a deux ans environ), de lancers d'oeufs, jusqu'à devoir faire réparer et repeindre le mur accessible du passage pour piéton, elle pense que « ceux qui font ça n'ont pas forcément conscience que leurs actes peuvent avoir des conséquences graves, ou dramatiques ».

Cette nuit son fils et elle ont eu peur, prisonniers de leur domicile pendant qu'un feu prenait ses aises et commençait à grignoter les alentours. Ils sont saufs, alors « je ne vais pas me plaindre, dit-elle. Mais je n'ai plus de voiture. Et je n'ai plus envie de vivre ici, cette fois-ci j'en ai marre. »

 

La question c'est : pourquoi il y a des feux ? 

 

Il semble que beaucoup de gens en aient marre, dans ce quartier, mais pas pour les mêmes raisons. En longeant le complexe sportif nous croisons une voiture, le conducteur rigole et demande si on va le prendre en photo. On veut bien, mais à la réflexion il ne veut pas, il n'a pas envie d'une publicité supplémentaire. Toutefois il va parler un moment, car il connaît bien Mâcon, il connait bien les Saugeraies, et en veut « aux journalistes qui décrivent ce quartier comme un quartier où règne l'insécurité : il ne faut pas exagérer, car ça aggrave les choses ici. Il y a des feux, on le sait. Qu'une poubelle brûle ce n'est pas une nouvelle. La question c'est : pourquoi il y a des feux ? »

 

« Il n'y a pas de médiateur, on a besoin de médiateurs »

 

« L'atmosphère n'est cependant pas très bonne. Le quartier est plutôt calme, plutôt cool, mais il n'y a pas d'aire de jeux pour les enfants aussi bien que dans les autres coins, il n'y a pas de MJC. Il y a bien les trucs de la mairie, mais ce n'est pas suffisant. Il n'y a pas de médiateur, on a besoin de médiateurs. La journée c'est calme, mais le soir, vous ne pouvez pas parler à un jeune : il y a un écart trop grand entre eux et les autres, et c'est grave. »

Brahim est né ici, il est français, mais quand il parle de lui il dit : « Je suis immigré ». Il pense souffrir de discrimination raciale, il n'a jamais eu de CDI, il travaille en interim : « Je suis assez bon pour travailler 12 mois d'affilée, on me fait de belles promesses, mais je ne suis jamais embauché. Ma femme est aide-soignante, elle tape à 45 heures par semaine. J'ai des enfants à élever, à nourrir. Alors on fait comment ? Il faut discuter, tout ça est trop compliqué. »

 

« Les pouvoirs publics, mairie et Etat confondus, désertent en réalité le terrain »

 

Aux jeunes gens qui revendiquent : « Ici c'est chez nous, le quartier est à nous. », Brahim répond qu'ils ont tort de parler ainsi. Mais il pense que « les pouvoirs publics, mairie et Etat confondus, désertent en réalité le terrain » - plus de police de proximité, plus de médiateurs sociaux, moins d'associations  -, et n'apporteraient comme réponse que des rustines collées là où ça fuit. Des gamins se perchent sur un banc pour caillasser un bus ? On enlève le banc.

 

Christine, elle, jette l'éponge. Elle s'est sentie menacée dans sa propre maison. Elle avait supporté les caillassages et les lancers d'oeufs, mais le feu a consumé ce qui restait de bienveillant dans son cadre de vie. Elle veut partir.

Pourquoi mettent-ils le feu ?

 

F. S-A

 

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Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est le conteneur qui a été incendié,
à l'entrée pour les voitures allée de la Lyre

 

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La nuit suivante, ça brûlait ici. Les gens ont peut-être tort de faire un lien,

mais il est compréhensible

 

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Christine et son fils n'ont plus de voiture, et ils ont eu peur,

ils partiront dès que matériellement cela sera possible

 

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Les buissons de l'allée sont calcinés

 

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 Le passage pour les piétons qui permet d'accéder au lotissement,

et qui longe la maison de Christine

 

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A l'origine il y avait des bancs ici. Mais les gens qui venaient déjeuner

sur l'herbe laissaient les déchets, alors il n'y a plus de bancs

 

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 L'allée de la Lyre, un îlot au coeur des Saugeraies, derrière le complexe sortif. 
Mais l'écart entre les populations est tel que ça ne communique plus

 

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L'arrière du complexe sportif, en attendant réparation

 

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Quand les mots se font rares, les actes relaient 

 

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