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Mercredi soir au Cinémarivaux, Jean-François Gallotte a présenté son film "Louise", en avant-première, et s'est exprimé sur la situation du cinéma en France aujourd'hui.

Charlotte (Charlotte Sohm), une trentenaire, prend ses fonctions de dame de compagnie chez Madeleine (Claudine Baschet), 84 ans. Les relations entre les femmes, difficiles au début, évoluent jusqu'à la complicité.

Ce film est un portrait en parallèle de deux générations, de deux femmes et de leur relation. Les dialogues sont directes, savoureux, les 2 femmes ne se font pas de cadeaux. Elles sont différentes mais se ressemblent. Une intrigue se noue en parallèle qui alourdit peut-être le film mais Jean-François Galotte s'explique. Il voulait parler de cette rapacité de certains individus qui quittent la maison sans un mot puis reviennent un jour, non pas guidés par le remord mais pour l'héritage qu'ils convoitent. A l'opposé de cette noirceur, le spectateur a droit à un moment de franche poésie où des dessins se sont invités dans l'image. Il a fallu deux mois de travail pour réaliser cette animation. Dans l'équipe, chacun s'exprimait librement et c'est la jeune génération qui a souhaité intégrer cette séquence.

Le décalage entre les générations

Jean-François Gallotte parle de transition, de décalage entre les générations dans ce huis-clos entre les deux femmes, Charlotte et Madeleine, magnifiquement interprété par Claudine Baschet. "Claudine m'a inspiré. Elle casse les pieds mais elle est intéressante. A 84 ans, elle se bouge encore." Claudine Baschet ressemble à son personnage. D'un caractère ferme, elle s'est construite sur une vie. Encore aujourd'hui, elle est toujours sur une manifestation, comme Madeleine. Toutes deux font partie d'une génération active, qui se bouge et s'engage.

"Aujourd'hui les choses sont violentes, On perd sa conscience, on ne fait plus de politique, on ne manifeste plus, donc toute la colère, on la crache sur les autres" Nous dit Jean-François Gallotte à propos de cette scène où une jeune maman qui fait son jogging se révolte contre Madeleine.

Des deux générations du film, la première, celle de Madeleine, a un passé militant qui a apporté des choses importantes pour les femmes. Née avec ou juste avant le vote des femmes, elle a connu le droit d'avoir un chéquier à son nom, l'accès à la contraception, le droit à l'avortement,

L'autre génération, celle de Charlotte, ne voit pas ces choses-là, c'était acquis quand elle est arrivée, sans qu'elle ait eu à se battre. Alors Charlotte ne milite pas, elle attend la chance pour résoudre d'autres problèmes, qui ne manquent pas.

Le cinéma aujourd'hui

Jean-François Gallotte a été formé par le professeur Choron (Hara-Kiri) dans les années 71. Ces années avaient un ton : "On avait envie d'être libres. Aujourd'hui, on fait attention à ce qu'on dit. J'ai impression qu'on ne peut plus se parler, qu'il y a un manque de confiance "

Financé avec son argent personnel, le film s'est fait avec des moyens techniques simples (lumière naturelle...). "Ce n'est pas de faire un film qui est difficile aujourd'hui, c'est de le faire distribuer. Si le film ne rentre pas dans un cadre commercial, l'Etat n'en veut pas. Il veut limiter les films." avoue Jean-François Gallotte, fier de voir son film passer au Cinémarivaux "un beau ciné, un bel équipement. J'ai de la chance d'être ici à Mâcon ce soir".

Jean-François Gallotte a fait ce film pour mettre l'accent sur la transition, le militantisme : "Les élites se sont appropriées le service public Une grosse réforme s'impose. On nous fait passer pour des ringards mais on doit agir." Dans certaines communes, son film a été refusé, simplement par peur de réactions potentielles : "On a peur de tout, aujourd'hui, on ne s'engage plus.".

Discrimination culturelle

Les projets Jean-François Gallotte ? Il ne retravaillera pas de sitôt pour le cinéma. La sortie en salle de ce film a été trop difficile, le réalisateur retournera au théâtre où les barrières administratives sont moins usantes.

"On ne verra plus de petits films. Une lourdeur s'installe pour que les gens se la ferment. On ne pourra faire de film que pour la télévision, c'est-à-dire sous certaines conditions. Le service public n'existe plus, l'élite se l'est approprié. Sortir un petit film dans les salles parisiennes devient impossible, tout est cloisonné. C'est en province que se relance le cinéma. Ce ne sont que les grands groupes qui profitent désormais du système du cinéma français. Une discrimination culturelle s'installe, mais c'est dans tous les domaines que la France s'atrophie. Nous sommes dans un moment difficile. L'élite s'approprie tout. Il faut agir. Je me sers de mes films pour habituer les gens à reconquérir la parole. Une grosse réforme s'impose. ".

La salle où était projeté "Louise" était la salle la plus remplie du Cinémarivaux mercredi soir. Le film sortira le 18 mars.

 

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