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Fuocoammare : le feu sur la mer, une expression, utilisée pendant la guerre lorsqu'un bateau italien avait été bombardé et qui signifie maintenant que quelque chose de grave est arrivé. L'Embobiné présentait mardi soir ce documentaire (Ours d'Or à Berlin ) de Gianfranco Rosi.

Le film

 

Le film de Gianfranco Rosi est assez déroutant, on pense voir sur un film sur les migrants, en fait ce film nous montre surtout la vie d'une famille de pêcheurs, sur l'île de Lampedusa, que nous ne verrons jamais en contact avec les migrants : la grand-mère qui cuisine, qui écoute et fait des dédicaces pour des chansons, le petit garçon qui joue avec une fronde, qui a un œil paresseux et ne voit pas bien un peu comme nous qui ne voyons pas les migrants qui arrivent chez nous, qui va voir le médecin de l'île en pensant qu'il a des crises d'anxiété.

Le médecin sera le seul à parler des migrants, à les voir et les soigner. C'est le lien entre cette famille de Lampedusa et le monde des migrants.

Fuocoammare : le feu sur la mer, une expression, utilisée pendant la guerre lorsqu'un bateau italien avait été bombardé et qui signifie maintenant que quelque chose de grave est arrivé.

Olivier Favier, journaliste indépendant

 

Olivier Favier était sur place à Lampedusa et est venu parler de ce film.

« Gianfranco Rosi travaille seul. Il a réalisé ce film en un an et demi. Il travaille lentement et passe beaucoup de temps avec les gens qui sont devenus ses amis comme le petit garçon et le médecin. Le travail de cinéma est assez resserré, sa caméra lui permet de filmer la nuit. Le médecin dira qu'il n'avait pas compris qu'il tournait le film, il pensait que le film n'était pas commencé alors qu'il était fini. Au départ ce film est une commande de l'équivalent de l'INA en Italie.

Le film montrera les bateaux, les transferts du bateau des passeurs au bateau des ONG, les migrants qui arrivent dans un état de faiblesse total, les morts dans les cales, les parcours durs en traversant le désert, la Lybie et tous ceux qui sont restés en arrière, un récit psalmodié du voyage par l'un deux. »

 

Olivier Favier rappelle que beaucoup d'opérations italiennes se passent à la limite des eaux territoriales, au plus près du départ des migrants, avec une conséquence terrible : les passeurs mettent des embarcations de plus en plus précaires, les migrants doivent refaire le plein d'essence en route et la conséquence ce sont des brûlures très graves (mélange d'eau de mer et d'essence) qui peuvent être mortelles.

A Lampedusa, les migrants étaient recueillis en mer, ils débarquaient de nuit, étaient conduits dans un centre puis très rapidement redirigés vers des centres plus grands, ce qui explique qu'on ne les voit pas sur l'île. C'est une île de pêcheurs de 5000 habitants. La population a été très hospitalière.

Il n'y a plus de migrants actuellement à Lampedusa.

C'est un beau documentaire avec ce parallèle plein de métaphores entre ce village et notre vision de ce nouveau monde où les migrants arrivent sans que nous ne les voyions.

Brigitte Maître

 

Brigitte Maître, cardiologue mâconnaise et membre de médecins du monde, a apporté son expérience de ses interventions dans différents pays.

« Pourquoi un regard différent en regardant ce film et en regardant les gens dans la rue ?

A Lesbos, je regarde les migrants avec un regard bienveillant mais je me pose la question : mon regard sera-t-il le même à Mâcon ? Le voyage est moins loin de la Syrie à l'île de Lesbos mais ils arrivent avec une énergie de fierté de voir la terre européenne. Ils traverseront les balkans, subiront d'autres exactions et arriveront meurtris et abîmés par ce nouveau voyage. »

 

L'expérience de Lesbos de Brigitte Maître : « Au début c'était 2000 personnes qui arrivaient, ensuite ce chiffre est monté à 7000. La traversée n'a rien à voir avec Lampedusa. Ils traversent là où la mer Egée est la plus étroite. Ils partent le matin et arrivent dans la journée, ils débarquent où le vent les emmène. La population entière de Lesbos était témoin de ces arrivées.

Un grand bravo au maire qui a pris tout de suite une option très nette : les migrants avant les touristes et il a su mobiliser les services de l'état, l'hôpital local, les services de la municipalité, les ONG. Et surtout les habitants qui ont cuisiné 2000 repas matin et soir malgré la situation de la Grèce en 2015.»

En Saône et Loire, Brigitte Maître intervient pour aider les migrants à Chardonnay et à Taizé. Ils sont là pas loin de chez nous. Il y a tout à faire avec eux. Ils ont entre 18 et 30 ans et sont au milieu des vignes, ont demandé l'asile mais n'ont pas le droit de travailler.

Leur passé, ils ne l'ont plus, leur futur est entre les mains de la préfecture, ils attendent qu'on vienne les aider à construire leur présent. Ils étaient peut-être à Lampedusa ou à Lesbos, il ne faut pas l'oublier. »

Danièle Vadot

(Photo : Hélène Truc, présidente de l'Embobiné)

 

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Olivier Favier et Brigitte Maître

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