C’est le profil d'un homme de 48 ans, F.K., qui comparaissait vendredi après-midi devant le tribunal correctionnel pour avoir tenté de cambrioler la boulangerie de la route de Lyon.

 

Notre homme est bien loin, bien loin du cambrioleur professionnel, méticuleux et méthodique. Quand bien même… dans la nuit du 4 au 5 janvier, il arrive en voiture, « déposé » par sa compagne (58 ans – elle comparait à ses côtés pour complicité et usage de produits stupéfiants) et pénètre dans la boulangerie, par le toit, avec un pied de biche. 

Pas pro mais, à ce stade, on pourrait encore le croire déterminé et expérimenté (3 ans avant, il avait déjà sévi dans la boulangerie de la route de Juliénas, à côté d’Intermarché. Même mode opératoire, à savoir passage par le toit à l’aide d’un pied de biche, de gants, d’un legging noir sur la tête percé de deux trous pour les yeux, et d’une lampe torche - qu’il oublie sur place, permettant aux enquêteurs de prélever l’ADN et de l’identifier. Cette fois-là, le plafond s’était effondré…). Sauf que l’alarme va se déclencher et notre individu prendre la « poudre d’escampette », selon l’expression même de son défenseur Maître Gautherin, qui mettra une énergie remarquable pendant une demi-heure pour faire la lumière sur une vie de misère qui a conduit le cambrioleur jusqu’ici.

Il ne va pas bien loin... Il retrouve sa compagne qui l’attend dans la voiture. Ils ne partent pas, font le guet. Personne ! Et l’alarme s’est arrêtée. Il y retourne ! Ayant trouvé une clef oubliée dans la boite à clefs dit-il, il passe cette fois par la porte. L’alarme se déclenche à nouveau. Il prend la fuite.

Entre temps, le gérant a appelé la police. Les caméras de surveillance ont été visionnées et la voiture repérée, ainsi que la veste du cambrioleur. Le couple n’ira pas loin. Ils sont interpellés, placés en garde à vue et écroués avant d'être jugés en comparution immédiate ce vendredi.  

 

Les chefs sont nombreux pour ce qui le concerne, et remontent à 2022 : tentative de vol par effraction (celle de la nuit du 4 au 5 janvier) en récidive ; vol par effraction en récidive le 7 décembre dans un supermarché de Mâcon ; vol par effraction en récidive le 28 janvier 2022 à Mâcon dans une boulangerie ; tentative de vol par effraction en récidive le 2 mars 2022 toujours à Mâcon dans un bar à vin et bière ; enfin, usage illicite de produits stupéfiants (cannabis et cocaïne) en récidive… 

La facture est moins lourde pour sa compagne A.D., qui comparait pour complicité de tentative de vol par effraction en récidive, usage de stups en récidive et recel de biens provenant d’un vol en récidive (elle a consommé les tickets restaurant volés par son compagnon dans le supermarché). 

 

Maitre Gautherin, avocat de notre homme, va donc s’employé au cours de l’audience, à mettre en lumière les confidences de son client lors de la préparation de la comparution.

Parents alcooliques, F.K. est placé en foyer à 12 ans. On lui avouera à sa sortie à 16 ans que son père n’est pas son père. Il n’en faut pas moins pour le faire dériver vers la délinquance dès le plus jeune âge. Première condamnation à 19 ans pour vol, consommation de produits stupéfiants et conduite en état d’ivresse.

27 condamnations ponctueront cette vie de misère qu’il ne cache plus pour la première fois ce vendredi après-midi : « Je n’ai pas eu la même chance que tout le monde, j’ai raté ma vie, je suis passé à côté de tout, je suis bête. Je me suis senti de trop quand j’ai appris que mon père n’était pas mon père. » On comprend mieux l’oeuvre d'auto-destruction de 30 ans qui l’a conduit dans le box des accusés ce 9 janvier 2026. SDF, sans carte d’identité, sans ressource, il a quand même travaillé quelques temps dans une entreprise de carrelage dans les années 2010.

Malgré les condamnations assorties des obligations de suivi et de soins, F.K. ne parviendra pas à prendre le bon chemin, faire les bons choix. Il vit depuis 20 ans avec A.D., avec qui il a un fils de 15 ans. Il a deux autres fils, de 32 et 28 ans. Il a 48 ans, faites le calcul... 

A.D. a 8 enfants, vit du RSA et a été expulsée de son logement de Dompierre-les-Ormes. Elle vit aujourd’hui dans une petite commune du Mâconnais. « Je ne pose pas de questions » dira-t’elle dans le box pour expliquer sa complicité et le recel des tickets restaurant. 

Verdict : 18 mois fermes avec maintien en détention et révocation totale d’un précédent sursis probatoire de 12 mois pour F.K ; 10 mois avec sursis probatoire d’une durée de 2 ans pour Madame. 

Ce vendredi, on était dans les Misérables version XXIème siècle.

 

Rodolphe Bretin