Comme 78 % des personnes mises en cause pour trafic de stupéfiants en 2024, I.K. et M.F., 23 et 26 ans, sont poursuivis pour transport, détention, offre, acquisition et usage de cannabis. Ils ont été interpellés le 8 septembre à Mâcon, placés en garde à vue et écroués le 10. Ils étaient présentés au tribunal vendredi, en comparution immédiate.

 

Tout au fond de la salle, une petite bande fébrile attend que l’audience commence. D’ici une heure et demi, ils sauront s’ils pourront, ou non, revoir leurs deux amis I.K. et M.F.

Afin de mieux préparer leur défense, les deux hommes poursuivis pour trafic de stupéfiants ont demandé le renvoi de l’affaire. L’audience vise donc à déterminer s’ils seront remis en liberté sous contrôle judiciaire d’ici leur prochaine comparution, ou placés immédiatement en détention provisoire. 

 

Si c’est bien la première fois qu’ils sont poursuivis pour trafic, I.K. et M.F. ont quelques antécédents avec la justice : vols, violences, rodéo urbain, refus d’obtempérer… Tous deux ont fait quelques détours en prison, tous deux ont déjà porté le bracelet électronique. 

Certes. Mais cette fois-ci, c’est différent. I.K. nie avoir quoi que ce soit à faire avec cette histoire. « Va-t-il réitérer une infraction qu’il na pas commise ? Bien sûr que non. » lance son avocate en réponse à la procureure, qui insiste sur le risque de réitération. Elle poursuit : « Vous présentez mon client comme le kaïd de la décennie, voire du siècle. Si avoir participé à un rodéo en trottinette une fois suffit à vous coller cette étiquette, alors oui, il en est un. Mais I.K n’a aucun antécédent judiciaire lié aux drogues ». Il y a bien eu vol avec violences une fois… Mais le passé est le passé, et il faut désormais penser à l’avenir. 

C’est du moins ce qu’avance la défense de M.F.. Comme son ami, il affirme avoir trouvé du travail dans l’entreprise d’un membre de sa famille, la veille de la comparution. Autre projet : déménager chez sa tante à Perpignan (Lyon pour I.K., chez sa tante aussi). Et puis, « s’il y a une victime dans cette histoire, c’est bien mon client ! », plaide son avocat. Les grands patrons du trafic mâconnais exploitent les plus vulnérables pour les faire entrer dans les réseaux de vente, avance-t-il. Une réalité sociale qui irait de pair avec une certaine hypocrisie : pour vendre de la drogue, il faut bien des clients. Et ceux-ci sont souvent bien extérieurs au quartiers sur lesquels on tape. Derrière la vitre, les deux prévenus acquiescent en silence. 

 

La présidente, elle, est immédiatement sceptique. Pourquoi ne pas avoir cherché du travail plus tôt ? A cela, M.F. répond : « le travail, c’est comme la bourse, on peut jamais trop prévoir ».  Une imprévisibilité synonyme d’imprécision : la présidente fait état d’incohérences sur le contrat de travail joint à son dossier. La procureure pointe à son tour le caractère « magique » de ces contrats sortis de nulle part, et insiste sur l’inefficacité des mesures judiciaires passées. Pour prévenir tout risque de réitération, il faut davantage de fermeté, estime-t-elle. Elle requiert leur placement en détention provisoire.

 

Une vingtaine de minutes plus tard, les policiers passent les menottes aux deux prévenus, qui ne pourront pas rejoindre leurs proches. La décision est tombée : ils sont placés en détention provisoire dans l’attente de leur jugement, fixé au 27 octobre. Depuis le début de l’audience, une dizaine de nouvelles personnes ont rejoint la bande du fond. Abattues, toutes ne se lèvent pas quand la présidente clot la séance, comme le voudrait pourtant l’usage. Parmi elles, une seule femmme, en blazer jaune. Elle se tient tout près des autres hommes, et revêt la même expression assombrie. Ensemble, ils finissent par se lever, sans trop savoir où aller. L’un deux, la mine défaite et le corps allongé par son jogging, s’avance vers l’avocat d’I.K et demande, dans un dernier espoir : « je peux lui faire un bisou ? » 

Mais le jeune homme devra se contenter de baisers virtuels, envoyés du bout de sa longue main. Il prend ensuite ses jambes à son cou, dévale les escaliers à toute vitesse, et quitte le tribunal en courant, le diable aux trousses.

 

Iris Ardeois