Durant la matinée de ce mardi 13 octobre 2026, le lycée agricole Lucie Aubrac de Davayé a honoré la mémoire de Samuel Paty, Dominique Bernard et Mélanie Grapinet, en présence du maire de la commune, Kévin Tessieux, et du directeur de l'établissement, Ghislain Favergeat. Une cérémonie marquée par une vive émotion, plusieurs prises de parole et l'implication de trois élèves.
 
 
Au cours d'une vie, il y a des moments que l'on qualifie de "suspendus dans le temps". Il en fut l'un d'entre eux ce mardi matin, à 10 h, sur l'esplanade de l'Agro Bio Campus du lycée agricole de Davayé, à l'occasion d'un hommage à trois membres de la communauté éducative assassinés ces dernières années. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, était assassiné à Conflans-Sainte-Honorine, à proximité de son collège.
 
Trois ans plus tard, le 13 octobre 2023, Dominique Bernard, professeur de français, perdait la vie lors d'une attaque au couteau dans son lycée d'Arras. Plus récemment, le 10 juin 2025, Mélanie Grapinet, assistante d'éducation de 31 ans et mère d'un petit garçon, était mortellement poignardée devant le collège Françoise-Dolto de Nogent, en Haute-Marne. Trois drames qui ont profondément marqué l'École et, plus largement, la société française.
 
Les élèves du lycée se sont ainsi réunis autour de leur directeur, Ghislain Favergeat, et du maire de Davayé, Kévin Tessieux. M. Tantolin, professeur d'histoire-géographie au lycée, était également présent pour prendre la parole et accompagner trois élèves directement impliqués dans le déroulement de cet hommage.
 
La laïcité, un principe de liberté et de protection
 
C'est Ghislain Favergeat, directeur de l'établissement, qui a ouvert la cérémonie en rappelant les circonstances des trois assassinats et l'importance de ce temps de recueillement. Son intervention a notamment porté sur les valeurs communes de la République et sur la place fondamentale de la laïcité dans l'enseignement. Le directeur a rappelé que ce principe repose sur plusieurs fondements essentiels : la liberté de conscience, la séparation des Églises et de l'État, la neutralité de ce dernier et l'égalité de tous devant la loi.
 
Évoquant notamment l'interdiction du port de signes religieux ostensibles à l'école, Ghislain Favergeat a souligné que la laïcité ne devait pas être perçue comme une simple succession d'interdictions, mais comme une garantie de liberté et de respect mutuel. Pour lui, l'établissement doit permettre à chaque jeune de devenir un citoyen éclairé et un professionnel accompli, dans un environnement favorisant le vivre-ensemble au quotidien.
 
Un maire profondément ému par un hommage qui résonne avec son histoire familiale
 
Le maire de Davayé, Kévin Tessieux, a ensuite pris la parole devant les élèves et les personnels de l'établissement. L'élu a rappelé le sens de ce rassemblement, consacré à la mémoire, au recueillement et à la réflexion. Revenant sur les assassinats de Samuel Paty et Dominique Bernard, il a tenu à souligner qu'ils avaient perdu la vie dans l'exercice de leur métier, celui de transmettre des connaissances et de former des esprits libres. Il a également évoqué Mélanie Grapinet, assistante d'éducation, dont la disparition rappelle que les personnels chargés d'accueillir, de surveiller, d'accompagner et de protéger les élèves occupent eux aussi une place essentielle dans la communauté éducative.
 
Pour le maire, ces trois assassinats constituent une attaque contre l'École de la République, un lieu où les jeunes apprennent à vivre ensemble, quelles que soient leurs origines et leurs convictions. Il a également rappelé que la laïcité constitue une protection indispensable de la liberté de conscience et du droit de chacun à croire ou à ne pas croire. Cette intervention a été marquée par une émotion sincère. Au cours de son allocution, Kévin Tessieux n'a pu retenir ses larmes, visiblement bouleversé par la portée de cet hommage. Un moment qui revêtait une dimension personnelle pour l'élu, lui-même fils de deux enseignants, dont un père professeur d'histoire-géographie, tout comme Samuel Paty.
 
Le maire a également adressé un message de reconnaissance aux personnels de l'établissement, saluant leur engagement quotidien et leur rôle dans la formation des futurs citoyens. S'adressant plus particulièrement aux élèves de la classe défense de troisième, il les a encouragés à respecter celles et ceux qui les instruisent, à oser poser des questions, à débattre sans violence et à écouter ceux qui ne partagent pas leurs opinions.
 
Derrière trois noms, des familles et des vies brisées
 
La parole est ensuite revenue à M. Tantolin, professeur d'histoire-géographie au lycée. L'enseignant a notamment rappelé que derrière les noms de Samuel Paty, Dominique Bernard et Mélanie Grapinet se trouvaient des familles, des proches et des enfants, dont certains doivent désormais grandir sans leur père ou leur mère.
 
Au-delà de ces destins individuels, il a souligné que ces assassinats visaient également ce que représente l'institution scolaire : l'École, la République et les valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité, de laïcité et de tolérance. Pour M. Tantolin, ces principes constituent un socle commun capable de rassembler les citoyens malgré leurs différences et les difficultés rencontrées par la société. Lors de son intervention, l'enseignant a également fait référence à l'historien Ernest Lavisse (1842-1922), auteur de célèbres manuels scolaires sous la Troisième République, en citant cette phrase : "Tu dois aimer la France, parce que la nature l'a faite belle et parce que son histoire l'a faite grande."
 
Trois élèves donnent une voix à la mémoire et à la transmission
 
Loan et Nolan, deux élèves de troisième appartenant à la classe défense, ont lu un texte consacré à la France, issu d'une chanson de Candice Parise interprétée lors du défilé du 14 Juillet 2022. À travers cette lecture, les deux collégiens ont évoqué les symboles de la nation, son histoire, la fraternité, la résistance et les valeurs républicaines. Un texte faisant notamment référence à Victor Hugo et au général de Gaulle, tout en associant les lettres du mot "France" à différentes valeurs collectives.
 
Nasma, élève de terminale STAV (sciences et technologies de l'agronomie et du vivant), a ensuite donné lecture d'un extrait de la lettre adressée par Albert Camus à son ancien instituteur, Louis Germain, le 19 novembre 1957, quelques semaines après l'attribution de son prix Nobel de littérature. Dans cette correspondance, l'écrivain exprimait sa profonde reconnaissance envers celui qui avait joué un rôle déterminant dans son parcours scolaire et personnel. Il rappelait notamment combien l'attention, l'enseignement et la générosité de son instituteur avaient contribué à lui ouvrir de nouvelles perspectives.
 
Une minute de silence et trois visages pour ne pas oublier
 
La cérémonie a également été marquée par une minute de silence, permettant aux élèves et aux personnels de se recueillir collectivement en mémoire des trois victimes. Trois portraits en noir et blanc de Samuel Paty, Mélanie Grapinet et Dominique Bernard ont été disposés sur un mur de l'établissement, au-dessus de la plaque rappelant l'inauguration du lycée Lucie Aubrac, le 2 septembre 2009.
 
 
Yvan Peinaud