L'émotion était vive ce lundi soir devant le tribunal judiciaire de Mâcon. Plus de 400 personnes se sont réunies à l'appel des associations Femmes Solidaires et Nous Toutes Mâcon afin de rendre hommage à Lyhanna et réclamer un renforcement de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants.
 
 
Dans un silence empreint de recueillement, de nombreuses familles, citoyens et militants ont répondu présents. Plusieurs pancartes portaient des messages appelant à mieux protéger les enfants, à écouter leur parole et à lutter contre les violences sexuelles. Présidente de Femmes Solidaires Mâcon, Colette Marchand a tenu à rappeler le sens de ce rassemblement : "Nous sommes là pour rendre hommage à Lyhanna, soutenir sa famille et demander de prendre soin de nos enfants, de les protéger."
 
Au-delà de l'hommage rendu à la jeune victime, les organisateurs ont souhaité interpeller les pouvoirs publics sur les défaillances dénoncées dans la prise en charge des violences faites aux enfants et aux femmes. "Nous sommes obligés d'être là. Pour cette petite fille, pour toutes les autres", a déclaré Colette Marchand. "Stop à l'impunité. Stop aux violences faites aux enfants. Stop aux violences faites aux femmes", a-t-elle assuré.
 
Des failles systémiques pointées du doigt
 
La présidente de Femmes Solidaires a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la prévention dès le plus jeune âge, de mieux former les professionnels amenés à recueillir la parole des enfants et de développer la coopération entre les différents acteurs concernés : justice, forces de l'ordre, Éducation nationale et services sociaux.
 
Pour elle, l'affaire Lyhanna met en lumière des dysfonctionnements plus larges. "On voit bien que c'est un système entier qui est défaillant", a-t-elle estimé, appelant à "écouter la parole des enfants" et à agir davantage en amont pour prévenir les violences.
 
Les associations présentes soutiennent également le projet de loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, porté au niveau national par de nombreuses organisations féministes et de protection de l'enfance. Plusieurs pancartes rappelaient également des chiffres criants.
 
Selon les estimations de la CIIVISE (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), près de 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles en France. Les manifestants rappelaient également que 67 féminicides avaient déjà été recensés depuis le début de l'année.
 
Les organisateurs ont aussi dénoncé les difficultés rencontrées par les victimes dans leur parcours judiciaire. Ils ont notamment cité le chiffre de 73 % des plaintes pour violences sexuelles classées sans suite, régulièrement repris dans des rapports parlementaires et des travaux s'appuyant sur les données du ministère de la Justice.
 
Autre donnée mise en avant lors du rassemblement : 94 % des plaintes pour viol classées sans suite. Ce chiffre provient d'une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP) publiée en 2024 sur le traitement judiciaire des violences sexuelles et largement relayée dans le débat public.
 
Une soirée pleine d'émotions
 
"Classée sans suite ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé", a souligné Colette Marchand. "Cela signifie souvent qu'il n'y a pas eu d'investigations suffisantes ou que les moyens manquent pour aller au bout des enquêtes", a-t-elle précisé. Après avoir rappelé que ce rassemblement visait à rendre hommage à Lyhanna, soutenir sa famille et réclamer une meilleure protection des enfants, Colette Marchand a invité les participants à observer une minute de silence.
 
Un long moment d'applaudissements a ensuite résonné devant le palais de justice, témoignant de l'émotion partagée par les plus de 400 personnes présentes. Au-delà de l'émotion, une conviction était largement partagée : que le drame de Lyhanna ne soit pas un nom de plus sur une liste déjà trop longue.
 
Derrière l'hommage rendu à la jeune victime, c'est un appel à mieux protéger les enfants, à soutenir les femmes victimes de violences et à donner davantage de moyens à la prévention, à l'accompagnement des victimes et à la justice qui s'est exprimé tout au long de la mobilisation.
 
 
 
Yvan Peinaud