
Ce samedi matin, à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, l'association ATD Quart Monde (Agir Tous pour la Dignité) a réuni élus mâconnais, habitants et représentants associatifs autour du thème "Défendons la paix pour un monde habitable".
La salle familiale des Saugeraies a accueilli cette rencontre dès 11 h, en présence de plusieurs élus de la Ville de Mâcon : Jean-Pierre Mathieu, conseiller délégué chargé de l'intégration des personnes en situation de handicap et du sport inclusif, Véronique Lefeuve, sixième adjointe chargée notamment des affaires sociales et de la lutte contre l'isolement, Ève Comtet Sorabella, conseillère municipale, Catherine Amaro, conseillère municipale, également présidente de la section Mâcon Sud Bourgogne de la Ligue des droits de l'Homme, ainsi que Yoann Charlot, premier adjoint au maire.
Étaient aussi présents Patricia Baci, représentante de Loisirs Solidarité Retraités, Jean-François, bénévole et administrateur d'Habitat et Humanisme Saône-et-Loire, ainsi que des représentants du dispositif municipal Mâcon Solidaire, porté par le Centre communal d'action sociale (CCAS). Cette édition s'inscrit dans une thématique internationale déployée de 2026 à 2028, intitulée "S'unir pour la paix et les droits humains", déclinée cette année en France autour du mot d'ordre "Défendons la paix pour un monde habitable".
ATD Quart Monde, une association chargée d'histoire
Patrick Hubert, membre d'ATD Quart Monde, est revenu sur les origines du mouvement. En 1956, le prêtre Joseph Wresinski, qui avait lui-même connu la pauvreté durant son enfance à Angers, rejoint des familles vivant dans un bidonville de Noisy-le-Grand. Il fonde en 1957 le mouvement Aide à Toute Détresse, devenu ATD Quart Monde. Le terme "Quart Monde" s'inspire du "quatrième ordre", qui désignait les populations oubliées à l'époque de la Révolution française.
Dès ses débuts, le mouvement accorde une place essentielle à l'éducation et à la culture. Fait particulièrement révélateur : avant même de réclamer l'eau ou l'électricité, les habitants du bidonville demandent la création d'une école et d'une bibliothèque, qui voient ensuite le jour. Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ancienne résistante déportée à Ravensbrück, rejoint ATD Quart Monde en 1958 et le préside de 1964 à 1998.
Au fil des décennies, le mouvement contribue aux mobilisations accompagnant plusieurs avancées sociales : revenu minimum d'insertion (RMI), droit au logement, couverture maladie universelle (CMU), lutte contre les exclusions et expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. À l'initiative de Joseph Wresinski, la première Journée mondiale du refus de la misère se tient le 17 octobre 1987 au Trocadéro, à Paris. Elle est reconnue par l'Organisation des Nations unies (ONU) en 1992.
Le fonctionnement d'ATD Quart Monde aujourd'hui
En Saône-et-Loire, trois groupes sont implantés à Mâcon, Chalon-sur-Saône et dans le secteur du Creusot-Montceau-les-Mines. Des Universités populaires sont organisées environ trois fois par an, en complément de rencontres régionales. Le mouvement rassemble des "militants", ayant personnellement connu la pauvreté, des "alliés", engagés à leurs côtés, ainsi que des professionnels et des chercheurs. L'objectif est de croiser les expériences et les savoirs pour lutter contre la grande pauvreté. ATD Quart Monde est présent dans plus de 35 pays.
Une exposition pour déconstruire les préjugés
Les visiteurs ont également découvert une exposition consacrée aux idées reçues sur la pauvreté, illustrées par des chiffres et des explications. "L'immigration coûte cher et les étrangers profitent de notre solidarité nationale !". En réalité, son impact sur les finances publiques est globalement peu significatif et l'accès aux prestations sociales reste soumis à des conditions précises. Selon les chiffres présentés, les étrangers européens et extracommunautaires perçoivent 13 % du montant total des prestations versées par la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF).
"En France, tout le monde a accès à la santé !". Pourtant, les inégalités restent importantes. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), l'espérance de vie des hommes les plus aisés dépasse de 13 ans celle des plus modestes, contre huit ans chez les femmes. Difficultés financières, déserts médicaux et refus de soins contribuent à ces écarts.
"Les pauvres sont des assistés, ils ne veulent pas s'en sortir !". La protection sociale ne décourage pas systématiquement la recherche d'emploi. Selon les données de l'exposition, 23 % des allocataires du revenu de solidarité active (RSA) sortent du dispositif chaque année. Les personnes précaires restent confrontées à de nombreux obstacles, notamment pour accéder à l'emploi, aux soins et au logement.
L'exposition renvoyait également à l'ouvrage "En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté", publié aux Éditions Quart Monde, dont l'édition 2025 analyse 131 idées reçues sur différents aspects de la précarité.
La solidarité, une question de relations humaines
Patrick Hubert a pris la parole en premier : "L'être humain est un être de relation. Un être humain isolé est un être qui souffre, qui est invisibilisé. On ne peut pas lutter contre la misère uniquement en répondant aux besoins matériels. Il faut aussi permettre aux personnes de créer des liens. Avec le changement climatique, les fortes chaleurs touchent particulièrement les personnes les plus précaires, notamment celles qui vivent dans la rue. Défendre un monde habitable, ce n'est pas simplement avoir un toit, c'est aussi pouvoir vivre dignement, dans un environnement adapté, sans être laissé seul."
Jean-Pierre Mathieu lui a succédé : "Je suis heureux d'être à nouveau parmi vous pour cette journée. Je me souviens notamment du spectacle organisé l'année dernière. Je tiens à saluer toutes les personnes qui donnent de leur temps pour aider les autres. Au Centre communal d'action sociale, nous avons mis en place une cellule de solidarité permettant à des habitants volontaires de s'engager. Avoir un toit ne suffit pas toujours. Il faut aussi pouvoir rencontrer des gens, échanger et ne pas rester isolé. Je remercie ATD Quart Monde et toutes les associations pour leur engagement quotidien."
Une journée prolongée par la littérature et la musique
À 15 h, Philippe Lubrano Lavadera présentait son livre "Fragments d'en bas", paru en janvier 2026 aux éditions de la Lanterne et inspiré de cinq années d'expérience dans un foyer pour personnes sans-abri à Lyon. À 17 h, place à la musique avec Célestin, de son vrai nom Sébastien Rambaud, artiste originaire de Cluny, dont le répertoire mêle chanson française, humour et engagement social.
La journée permettait également de découvrir l'édition 2026 de "Résistances", le journal du refus de la misère, consacré notamment aux inégalités, aux droits humains et à la défense d'un monde habitable.
Yvan Peinaud



