samedi 24 août 2019

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TRIBUNALMACON3

 

Robert P. téléchargeait des « photos de charme », il était poursuivi pour détention et diffusion d’images pornographiques avec des enfants.

 

Robert P., 58 ans, vit en Saône et Loire, n’a pas une vie sexuelle satisfaisante, souffre d’une grave dépression, et ne connaît rien en informatique. Le tout lui vaut une comparution en correctionnelle, ce qui n’est pas rien : 3 juges, audience publique, une instruction musclée. L’homme tient debout, mais il traverse l’enfer.

Robert P. est en retraite anticipée suite à ses problèmes de santé. Il est marié depuis 1988, sa femme et lui ont une fille, étudiante désormais. Il se trouve que son épouse, qui l’accompagne au tribunal, n’a pas de « demande » sexuelle, peut-on dire « de désir », puisqu’il s’agit de ça ? Le tribunal dira « demande », soit. La même épouse est toutefois d’accord pour que son mari trouve du plaisir ailleurs, mais pas dans les bras d’une autre : avec des photos « de charme ». Le tribunal les appelle ainsi. C’est décidément une audience à la sémantique revisitée, puisque Robert est poursuivi pour « détention d’images de mineurs présentant un caractère pornographique ».

 

Susceptible de tomber pour pédophilie

 

A la réflexion, les caches sexes sémantiques illustrent bien la difficulté du dossier : Robert est susceptible de tomber pour pédophilie, alors que sa pratique voyeuriste masturbatoire via internet est finalement établie dans son couple, une sorte de contrat étrange pour compenser un dommage… bref, rien de caché, rien non plus qui indiquerait le moindre risque de passage à l’acte, et surtout pas un penchant criminel pour les enfants.

Alors quoi ?

Eh bien comme Robert ne connaît rien à l’informatique, il demande un jour à sa fille comment on télécharge. Celle-ci, de la génération internet, va lui installer le logiciel E-mule dont le principe est celui du « pair à pair », ou P2P, ou peer to peer. On l’appelle comme on veut pour le coup, une certitude l’emporte : c’est une vraie plaie qui, à chaque téléchargement demandé va envoyer de surcroît d’autres fichiers, non demandés, ceux-ci. Par-dessus le marché, chaque receveur devient serveur, et c’est ainsi qu’un réseau de « pairs » se forme, et c’est ainsi qu’on peut être accusé de diffuser des images de pédopornographie.

 

« Je ne savais pas »

 

Le 19 mars 2014 le STRJD (Service technique de recherches judiciaires et de documentation) implanté à Rosny sous Bois, repère un internaute qui propose en téléchargement des fichiers dont les mots clés sont ceux utilisés par les « amateurs » de pédophilie. Bim : la police débarque au domicile et saisit tout le matériel informatique. Dans le disque dur, des centaines d’images… et Robert anéanti par la charge qui lui tombe dessus. Il ne comprend pas…

« Je ne savais pas. » Le Président trouve que ce n’est pas un argument et tâche de centrer le débat sur sa responsabilité. Mais le fonctionnement d’E-mule est réellement piégeant, et l’avocate de Robert en fera la démonstration : son client n’a jamais enregistré la moindre image, il les laissait dans le dossier dans lequel elles se plaçaient, duquel E-mule poursuivait sans relâche son travail, mais sans que Robert soit au courant de ce qui se passait. Du moins sans qu’il soit clairement conscient de ce qui se passait. En effet un jour il tombe sur une de ces images. Choqué, il en parle avec sa femme, comme quoi on trouve « des choses dégoutantes sur internet ». Elle lui conseille de mettre ça à la poubelle, ce qu’il fait, et ils n’en parlent plus.

 

Aucun anonymat possible

 

Le fait est que tout internaute qui recourt ne serait-ce qu’au streaming voit s’ouvrir des fenêtres sur lesquelles une jeune fille propose un chat, ou encore une invitation à voir des gens qu’il connait « tout nus », ou bien proposant les chauds services de femmes mariées (ça doit ajouter du piment), bref, des trucs tendancieux, imposés. Le prix de l’illégalité sur le net a au minimum une petite vertu, et c’est peut-être ce que le Président, par son instruction à charge, voulait souligner.

Depuis la loi Hadopi, le nombre d’utilisateurs d’e-mule a baissé, mais le principe du pair à pair reste mal connu, et Robert n’est pas le premier à chuter à cause de la pornographie et son cortège de perversions dont certaines tombent sous le coup de la loi. Chaque résultat de recherche sur e-mule est accompagné des identifiants des sources, il n’y a donc aucun anonymat possible.

 

Relaxé

 

Ce n’était pas le souci de Robert : ses recherches restaient soft, du moins légales. Désormais l’informatique chez lui ne sert plus que pour la comptabilité de son épouse. Pour les autres comptes il faudra s’arranger autrement.

Il n’avait aucune intention illégale et criminelle : il est relaxé.

Florence Saint-Arroman