vendredi 3 avril 2020
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Sur une clé USB, les enquêteurs Ntech retrouvent des fichiers supprimés aux noms évocateurs : « pédo – lolita – 13 YO – 9 YO* ». Evocateurs ? Ils nomment des images de pédopornographie.

François P. a 45 ans, il vit maritalement et a deux enfants, mais il arrive au tribunal avec ses parents, en grand fils effacé et soumis, c 'est du moins l'impression qu'il donne. Il comparait pour détention et diffusion d'images « de mineur, présentant un caractère pornographique en utilisant un réseau de communications électroniques ». En clair : Monsieur téléchargeait des photos pornographiques ou pudiquement dites « de charme », et il faisait ses courses gratuitement avec le logiciel eMule, logiciel pervers s'il en est, qui balance des fichiers illégaux, et qui fonctionne selon le principe du peer to peer, ce qui systématiquement double la prévention de « diffusion ».

« Immaturité globale », « aucune relation affective et sexuelle avant ses 31 ans »

L'instruction est rude, elle l'est toujours dans ces cas-là : l'homme est-il un prédateur, susceptible de passer à l'acte un jour ?

L'instruction est laborieuse aussi car François a du mal à être clair, il est peu disert, s'en remet volontiers à l'autorité des gendarmes (« Si c'est marqué dans le PV... ») ou du juge.

L'instruction a également quelque chose d'indécent, car vu la prévention on va s'interesser à la vie sexuelle du prévenu, dûment expertisé par un psychiatre : « niveau intellectuel normal », « pas de pathologies psychiatriques », mais « immaturité globale », « aucune relation affective et sexuelle avant ses 31 ans », « trouble du développement psycho-sexuel ».

Et, cerise sur le gâteau, il connaît avec sa compagne une vie sexuelle parcimonieuse, qui certes a donné deux fruits mais enfin, qui sait, il faut en avoir le cœur net : la frustration sexuelle peut pousser à l'acte.

Les cyberpatrouilleurs veillent et surveillent

En 2014 la cyberpolice basée à Rosny-sous-Bois remarque le téléchargement en cours de 93 fichiers dont certains véhiculent des images d'enfants sexuellement exploités.

Intervention de la gendarmerie au domicile, saisie de tout le matériel informatique : bienvenue dans l'enfer d'eMule (lire un autre article sur le sujet ici).

« Depuis trois ans j'ai eu tout le temps de réfléchir. » dit François. Chacun peut imaginer les tempêtes sous son crâne : comment dire ? Comment expliquer ? Quelle explication serait acceptable ? Sera-t-il condamné ? A quoi ? La prison ?

Et puis il faut affronter l'audience, l'exposé de sa vie sexuelle pour le peu qu'on en sait, et le soupçon associé à la carence. Bref, il y a de quoi être secoué lorsque le huis clos intime se trouve déballé.

Il aime « les femmes jeunes », pas les enfants

François a un casier judiciaire vierge, lui. Mais ses malheureuses explications n'emportent pas l'adhésion du tribunal : « comprendre comment fonctionne un pédophile », « protéger ma fille ». Malheureuses, oui, car dans le même temps il affirme avec constance n'avoir jamais recherché ce type d'images. Certes il aime les femmes jeunes dans ses scènes fantasmées, mais une jeune femme n'est pas une petite fille. Il reconnaît un besoin quasi compulsif de faire régulièrement le plein de nouvelles photos, « ça me détend quand j'ai pas le moral ».

« On peut être plus clair dans ses recherche, monsieur. Il y a des réseaux criminels derrière tout ça. »

eMule, cette plaie : un piège ou un libre service pour criminels ?

  

Maître Dufour va plaider pour François avec prudence : d'un côté les arrêts de la Cour de Cassation ont décidé que la matérialité des faits (télécharger des images tombant sous le coup de la loi) l'emportait sur la question de l'intention (qu'on soit piégé par le fonctionnement du logiciel importe peu), donc il devient difficile d'obtenir une relaxe ; d'un autre côté son client « n'a aucune volonté de calcul », l'avocat en est certain. Il évoque rapidement le mode de fonctionnement « vicieux, pardonnez-moi » du logiciel : « Mon client était dans l'incapacité de savoir ce que son ordinateur diffusait exactement. »

« Il a besoin de soins », au delà de ce qui lui est reproché

Le parquet relève « 555 images caractérisées », dont 152 sont répertoriées dans la base du centre d'analyse des images de pédopornographie. « On ne peut pas ne pas faire exprès d'avoir de telles images dans son ordinateur. » Maître Dufour affirme le contraire et remarque qu'il n'y a pas autant d'images au dossier, qu'il n'y en a que 14, contestables, sur 47 CD au total, « et l'on vous dit, ex cathedra, qu'il y en a beaucoup plus sans nous les montrer ». Et, point important : François n'a jamais rentré les mots clés qui nomment ces fichiers relevant de la traite des enfants. Jamais. A part « lolita », en référence au célèbre film que François avoue dans un unique rire gêné, n'avoir jamais regardé.

François, englué dans ses difficultés, reste digne, et renfermé. Son avocat rejoint le parquet sur un point: il a besoin de soins, il a du chemin à faire, mais « il ne présente aucune dangerosité ».

La perversité du logiciel qui glisse des images pédopornographiques dans des « packaging » d'images répondant à « lolita », « young pussy », et autre joyeusetés, a raison de la virginité sur le plan judiciaire de ce grand fils discret, aux fantasmes ou aux rêveries désormais publiques.

Le tribunal le condamne à 6 mois de prison avec sursis, assortis d'un suivi mise à l'épreuve de 3 ans, avec une obligation de soins, et l'inscription au FIJAIS.

Florence Saint-Arroman

*13 years old, 9 years old

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