Mâconnais

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On dit qu'il n'y a rien dans les campagnes, c'est très exagéré. Dans un coin isolé sur la commune  de Trambly on pouvait trouver de l'héroïne, du cannabis, de l'ecstasy, des buvards de LSD, de la MDMA, de la méthadone.

De quoi se défoncer, s'apaiser, agrémenter les rave, ou, et c'est le cas du prévenu, répondre aux besoins impérieux et violents de l'addiction.

 

L'affaire est partie d'un contrôle à Cluny : un conducteur sous l'emprise de produits stupéfiants donne aux gendarmes le nom de son fournisseur. La brigade de recherches met le gars sur écoute, entend que ça trafique, et perquisitionne au domicile isolé d'Alex. Son colocataire, un autre Alex condamné, lui, à 4 ans de prison pour trafic de drogues il y a quelques années, n'a pas perdu ses réflexes et jette par une fenêtre un sac contenant un peu de tout, drogues dures, drogue dite douce, drogues de synthèse. 

 

Mais dans le box des comparutions immédiates ne se tient que le premier Alex, qui n'a jamais été poursuivi que pour une conduite sous l'empire de l'alcool il y a 14 ans, et qui n'est pas en forme. Perquisition, interpellation, garde à vue, déférement au parquet, comparution immédiate, et certainement des effets de manque, l'homme de 35 ans est marqué, fatigué.

Il reconnaît se droguer à l'héroïne depuis 8 ans, revendre de la drogue depuis au moins 6 mois, pour payer ses consommations personnelles essentiellement. De ruptures sentimentales en ruptures familiales, il s'est petit à petit isolé. Il a une formation professionnelle, et a travaillé 10 ans, mais sur ce plan-là aussi il a décroché, et vivote avec des ARE, un plan de surendettement, quelques grammes de cocaïne plusieurs fois par semaine, 2 joints de cannabis le soir, de l'ecstasy lors des rave, de la méthadone achetée au marché noir pour « rester conscient » quand il accueille son fils de 6 ans. « C'est pas banal comme consommation », relève le président.

« J'ai eu un break de 2 ans, puis je suis retombé. Je pensais pouvoir repartir autrement à l'époque, mais... »
Mais il achète l'héroïne à la mafia albanaise de Lyon, mafia dont maître Vieudrin, qui assure au pied levé la défense d'Alex, voudrait bien voir des membres menottés, au lieu d'en entendre parler sans cesse, comme elle aurait trouvé assez normal que les co-auteurs, l'autre Alex, et une femme surnommé Nini – qui revendait de la méthadone – comparaissent ce jour aussi (ils seront convoqués). Alex s'approvisionne ailleurs, y compris sur le net, pour les autres produits. Une quinzaine de ses contacts dans son téléphone en profitent, un peu plus lors des rave.

Du point de vue de la société, que représente le procureur, revendre de la drogue, c'est « alimenter un système qui s'appelle un trafic », « 8 ans de dépendance à l'héroïne, c'est une dépendance profonde, et monsieur est multi-toxicomane, il mène une vie désormais précaire, cette comparution doit être un coup d'arrêt, il a besoin de soins, ils seront longs. » Le parquet demande des mesures coercitives pour aider Alex à tenir le coup dans un cadre qui le sortirait enfin de sa 'merde'.

Ce n'est pas le mot du parquet, c'est le mot qu'a employé maître Vieudrin : « Quand on s'injecte des produits, c'est pas du bonheur qu'on s'injecte, c'est de la merde, c'est une douleur. » La mère d'Alex tient fort son kleenex, elle pleure. L'avocate demande une peine adaptée à la personnalité de son client, et qu'il ne paie pas pour ceux qui trafiquent à la source.

Le tribunal condamne Alex à 12 mois de prison entièrement assortis d'un sursis avec une mise à l'épreuve de 2 ans. Injonction thérapeutique : outre les professionnels qui accompagneront Alex dans son sevrage et sa psychothérapie, un médecin relais rendra compte au juge d'application des peines de son engagement effectif dans ses soins. Alex devra travailler ou rechercher activement un emploi.
« Commencez à vous soigner, monsieur, il est grand temps. »

 

Florence Saint-Arroman