dimanche 5 avril 2020
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ACTUALISÉ - On ne frappe pas impunément des policiers, même quand on est "monsieur tout-le-monde". Récit de l'audience ce 2 février au tribunal de Mâcon. 

Les 1ères informations communiquées à 17h

Deux hommes ont été interpellés mercredi pour avoir frappés deux policiers lors d'un mouvement de foule durant la manifestation de samedi dernier devant la préfecture.

Alors qu'une délégation reçue en préfecture sortait, les policiers tentaient de refermer la grille derrière elle quand un petit groupe a tenté de forcer le passage. Deux hommes ont frappé des policiers, l'un par un coup de pied au thorax, l'autre par un coup de poing dans la figure.  

Les deux auteurs ont été jugés cet après-midi dans le cadre d'une comparution immédiate. Ils ont été condamnés tous les deux à 6 mois de prison avec sursis.

 

Le récit de l'audience

On ne frappe pas impunément des policiers,

même quand on est monsieur Tout-le-monde

 

C'est ce qu'on appris à leur dépend deux frères de 29 et 24 ans cette semaine, deux frères dépeints comme des... "monsieur tout-le-monde". Pas de casier judicaire, des hommes visiblement hêbêtés, désolés de leurs actes, et qui se sont confondus en excuses cet après-midi à la barre du tribunal.

A la barre pas tout à fait. Plutôt dans le box des accusés, sous escorte. Et jugés en comparution immédiate. Le côté "Monsieur tout-le-monde des prévenus contrastait avec les dispositif. Peut-être, mais l'on ne frappe pas impunément des policiers en service qui ne montraient en plus aucun signe d'agressivité. 

 

De l'avis de tout le monde, y compris du point de vue de la police, la manifestation de samedi dernier, laissant exprimer un ras-le-bol de citoyens, se passait très bien. Mais voilà, la délégation du mouvement Colère 71 est sortie de son entrevue à la préfecture insatisfaite et l'a fait savoir normalement à l'ensemble des manifestants. Ceux-ci on fait part de leur mécontentement, de leur colère. Quelques uns ont tenté de pénétrer dans la cour de la préfecture avant que les policiers ne referment le portillon.

A ce moment-là, nos deux prévenus, coiffés d'un bonnet Bleu-Blanc-Rouge pour l'un, d'un bonnet à clochettes façon joker, bouffon du roi pour l'autre, se trouvaient devant et, dans le mouvement de groupe, ont frappé deux policiers. « C'était pour me dégager » se défendra l'un d'entre eux, « je l'ai repoussé. » « Je me suis agripé à lui à cause du mouvement de groupe, je n'ai pas maîtrisé mes gestes » dira l'autre.

Il n'empêche qu'un des policiers a reçu un coup de pied au thorax qui l'a projeté au sol et lui a coupé, un temps, la respiration. Un de ses collègues s'est interposé et a pris un coup dans la figure par le frère.

Pas blessés, les deux policiers ont néanmoins bénéficié de deux jours d'ITT pour l'un, d'une journée pour l'autre. L'un des certificats médicaux fait état de contusions et d'un hématome au visage. « Juste avant, les policiers essuyaient insultes et crachats, les manifestants venaient aussi de jeter du papier hygiétique dans la cour » précisait la juge Christelle Gomez au cours du rappel des faits.

« Les photos extraites des vidéos-surveillances montrent clairement le coup de pied » insistait Mme la procureure au cours de ses réquisitions.

Ces messieurs ont eu pour eux la qualité de leur comportement en garde à vue. « Rien à voir avec ce que nous pouvons apercevoir sur les photos » s'étonnait la présidente. Vous avez eu des parcours militaires en plus. L'un de vous a formulé le souhait d'intégrer le corps des réservistes de la gendarmerie. Alors comment expliquez-vous vos gestes ? Vous n'êtes pas des délinquants, ça saute aux yeux. Mais alors que vous est-il passé par la tête ?!... »

Les deux répondaient par des regrets et par des excuses. « Je respecte l'uniforme, je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, ça m'a échappé. Jamais je ne reviendrai dans une manifestation. »

Certes, mais ces messierus ont bien franchi la ligne rouge pour Mme la procureure, qui a requis 6 mois de prison avec sursis. L'avocate des parties civiles demandait de son côté des dommages et intérêts pour préjudice moral, à hauteur de 600€ pour l'un, 400€ pour l'autre.

L'avocate de la défense plaisait le caractère parfaitement identifiable des deux messieurs au moment de la commission des faits. « Ils n'étaient absolument pas là pour se faire des policiers. La preuve, c'est qu'ils ont agit avec des bonnets sur la tête, qui faisaient plus office de déguisement qu'autre chose. Ces deux hommes ont été pris par un effet de groupe. Les réquisitions du ministère public sont particulièrement sévères. » En vain.

Après quelques minutes de délibéré, la juge rendait son verdict : 6 mois avec sursis et les sommes de 600 et 400€ à payer au titre des dommages et intérêts, ainsi que 350€ chacun au titre du code de procédure pénale.

L'indulgence du tribunal s'est tout de même exprimée en décidant que la condamnation ne soit pas porté au casier judiciaire, pour ne pas mettre ces messieurs en difficulté dans leur carrière professionnelle.

 

Rodolphe Bretin

 

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