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L’université populaire recevait jeudi soir dans les locaux de la MJC Héritan Agnès Sinai pour une conférence sur ce sujet, une conférence qui s’est tenue par skype en raison d’un problème de santé de la conférencière.

"La fin du monde n’est plus l’apanage d’une œuvre de science-fiction" ont été les mots d’introduction de Catherine Dumonteil, reprenant le terme de collapsologie qui désigne l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle.

Agnès Sinai travaille sur la crise écologique, la décroissance et la résilience.

Quelques thèses développées

Agnès Sinaï travaille sur l’anthropocène, soit l'Ère de l'Homme. C’est un terme proposé pour caractériser l'époque de l'histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu une incidence globale significative sur l'écosystème terrestre. Les sociétés industrielles deviennent des forces au même titre que certains éléments de la nature comme les volcans ou autres.

Le déstockage massif des énergies fossiles par les sociétés industrielles nous a fait basculer.

On savait déjà dans les années 70, dit-elle, qu’il n’était pas anodin de déstocker les énergies. Presque chaque semaine un rapport venait nous alarmer. Cette accélération est qualifiée d’anthropocène.

Depuis 1945 une nouvelle strate terrestre est apparue (avec la bombe atomique). On peut en avoir une approche temporelle ou une approche purement géologique. La terre est peuplée de techno-fibres y compris les plastiques qui créent les conditions d’effondrement.

Depuis 2010 on a commencé à penser de manière systémique. Le système terre est déstabilisé. On constate :

1/ une accélération : on dépasse les limites et on constate une augmentation importante des déchets

2/ un fait temporel : un raccourcissement du temps politique de l’action. Si on veut stabiliser l’atmosphère il ne nous reste même pas 10 ans, rétrécissement de la fenêtre temporelle de l’action.

3/ une dépendance au chemin. On est pieds et poings liés à ce qui fait notre économie : auto, avions, énergie…. On est pris dans une trajectoire sociotechnique sans levier d’action.

On ne peut pas croire même ce que nous savons.

L’effondrement sera-t-il pour demain ou après-demain ?

Le rythme de l’effondrement sera-t-il catabolique ou catastrophique. Il y a plusieurs écoles parmi les collapsologues.

Pour Agnès Sinaï, il est difficile d’annoncer que demain tout va s’effondrer. Il faut compiler toutes les données pour savoir si on est devant un collaps.

Certains sont habités par la conviction que tout va s’effondrer, qu’il n’y a plus grand-chose à faire seulement développer l’entraide. Yves Cochet par exemple, décrit une situation très sombre avec une panne du système de l’Etat, du service public qui va dérégler la société.

"Il y a aussi ceux qui comme moi pensent que ces constats doivent continuer à nous mobiliser. Nous proposons non pas des solutions mais d’introduire une politique de rupture dans l’idée de maintenir justice et équité entre les citoyens : il faut créer les conditions du maintien de solidarité, de justice énergétique, de partage des ressources. Il faut sortir du gigantisme."

Agnès Sinai a écrit une trajectoire très différente du grand Paris de ce qui est fait à l’heure actuelle. La population de l’Ile-de-France dépend à 95% d’importations alimentaires alors qu’il y a des surfaces cultivables avec un objectif : compter sur ses propres ressources.

Crise écologique, conséquences du réchauffement climatique, décroissance comme destin ou comme utopie, résilience, développement durable sont les thèmes des études et livres publiés par Agnès Sinaï.

Agnès Sinaï est journaliste (Le Monde diplomatique, La Revue durable, Actu-environnement), et auteure de divers ouvrages, dont Sauver la Terre, co-écrit avec Yves Cochet (Fayard, 2003) et Labo-Planète, avec Catherine Bourgain et Jacques Testart (1001 Nuits, 2011) dans lesquels elle alerte sur les conséquences du réchauffement climatique. Elle est également membre du comité de rédaction de la revue Entropia, enseigne à Sciences-Po Paris où elle a initié en 2010 un cours sur les politiques de décroissance et est co-fondatrice de l'Institut Momentum, laboratoire d’idées sur l’Anthropocène et ses issues, et les transitions nécessaires pour le monde post pétrole. 

Danièle Vadot

 

 

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