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Suite à l'hommage rendu à Samuel Paty dans les établissements scolaires, Frédéric Batlle, inspecteur d'académie IPR et président de cette équipe, intervenu récemment dans un collège de Mâcon, a bien voulu nous accorder un moment. Comment l'Education nationale agit pour faire respecter la laïcité en son sein ? Réponses.

 

Fait plutôt rassurant ce 02 novembre, aucun absentéisme significatif n'a été enregistré par l'Académie pour l'hommage à Samuel Paty. Rassurant en effet, car l'absentéisme est un des critères d'identification d'une atteinte à la laïcité, par le refus même de participer à un enseignement ou à un hommage.

Des incidents ont été signalés à l'échelle nationale. Pour ce qui concerne l'Académie de Dijon aucun chiffre n'est communiqué. L'on sait néanmoins que dans certains établissements, la situation était tendue le 02 novembre, voire très tendue... « Je suis intervenu dans un établissement de Mâcon à la demande du chef d'établissement et en soutien aux professeurs qui avaient vécu un moment difficile » indiquait Frédéric Batlle, IA-IPR en charge des établissements et de la vie scolaire, et qui préside donc l'équipe académique Valeurs de la République, une équipe composée de 17 membres tous issus de l'Education nationale, intervenant sur tous les signalements d'atteinte aux valeurs de la République dans les établissements scolaires.

« J'ai participé à une réunion du conseil pédagogique autour des valeurs de la République la semaine suivant l'hommage, à la demande du chef d'établissement, qui répondait lui-même à une demande des enseignants. Mais notre action ne se résume pas à une visite dans un établissement. Nous engageons un travail sur le long terme avec la communauté éducative. »

Et d'insister sur le traitement des signalements : « Cette équipe est en place depuis 2018, date de sa création à l'échelle nationale. Sachez que tous les signalements d'atteinte à la laïcité sont traités, je dis bien tous les signalements. C'est ce qui fonde notre mission.

Nous analysons les faits et la gravité, puis nous travaillons sur une réponse éducative. Cela peut aller jusqu'à la procédure disciplinaire, voire jusqu'au signalement au procureur de la République. Des comportements ont été signalés au procureur dans l'Académie de Dijon suite à l'hommage à Samuel Paty. » (NDLR : Frédéric Batlle n'a pas donné de détails sur ces signalements, confirmant simplement le fait-même des signalements)

L'équipe Valeurs de la République est donc composée de 17 personnes, dont le directeur de cabinet du rectorat, un inspecteur pédagogique régional en charge de la Mémoire et de la citoyenneté, le référent laïcité des INSPÉ (Institut national supérieur du Professorat et de l'Education), un inspecteur académique de circonscription par département, un chef d'établissement par département ainsi qu'un inspecteur académique en charge de l'enseignement professionnel par département.

Très prochainement, à savoir au cours du 1er trimestre 2021, un directeur ou une directrice d'école élémentaire par département intègrera cette équipe. « C'est une volonté de la rectrice pour encore mieux associer le 1er degré. »

Cette équipe à deux missions : répondre aux atteintes aux valeurs de la République ; définir une politique de formation.

Sur le volet formation, concrètement, le 14 janvier au lycée Carnot de Dijon se déroulera un séminaire académique sur les valeurs de la République avec deux membres du Conseil des Sages, dont M. Alain Seksig, ancien membre du Haut comité à l'intégration.

Un représentant par établissement sera présent à ce séminaire.

Sur le 1er volet, les enseignants peuvent signaler toute atteinte aux valeurs de la République, et en particulier à la laïcité. Pour ce faire, un formulaire en ligne existe depuis deux ans. « Si l'enseignants s'identifie, le signalement sera traité. Nous ne transigeons pas avec les valeurs de la République. Je le redis, toute atteinte signalée est traitée. Au vu du nombre d'établissements dans l'académie, les signalements ont été très limités le 02 novembre. »

Pour autant, le mot d'ordre était clair : faire remonter tous les comportements irrespectueux des valeurs de la République.

« L'enjeu de cet hommage était d'expliquer ce qu'est une minute de silence, le sens historique et pourquoi à ce moment-là » a fait part Vincent Lorius, principal de collège à Mâcon, qui a répondu à nos questions aux côtés de Frédéric Batlle. « La difficulté a été principalement liée à la chronologie, pas à la nature même des événements. Recalibrer la matinée pour avoir le temps d'expliquer. Il a fallu faire vite mais les choses se sont globalement bien passées, dans l'unité. »

Et d'ajouter au sujet des signalements d'atteinte aux valeurs de la République : « Nous-mêmes chefs d'établissement, avons une application sur laquelle nous pouvons solliciter l'équipe Valeurs de la République. Quotidiennement, nous travaillons avec les conseils de la vie collégienne, les parents d'élèves et les enseignants. Ma conviction est que si l'on veut que les élèves fassent preuve de justesse vis à vis des valeurs, qu'elles soient non seulement respectées mais partagées, l'école doit faire preuve de justice, c'est à dire travailler à la réussite de chacun. C'est bien ce qui anime, chaque jour, la communauté éducative. »

Rodolphe Bretin

 

935 signalements en 7 mois en France

Entre septembre 2019 et mars 2020, environ 935 signalements ont été enregistrés en France selon le ministère de l'Education nationale.

Un tiers a été traité directement au sein de l'établissement concerné. Les deux tiers restant, soit 630 cas, ont nécessité l'intervention d'une équipe académique. Parmi ceux-ci, 120 ont conduit au déplacement des équipes au sein d'un établissement. 

La majeure partie de ces signalements émanent des collèges (45%), 37% proviennent des écoles et 18% des lycées. Quant aux auteurs des faits remontés, plus de la moitié sont des élèves (57%). La proportion de parents auteurs des faits "d'atteinte aux valeurs de la République" est en augmentation, passant de 19 à 22% entre 2018 et 2019. (souce : franceinfo.fr)

 

5 catégories d'atteintes à la laïcité

L'équipe nationale distingue cinq catégories d'atteintes à la laïcité : le port de signes ou de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse ; la contestation d'un enseignement ; le refus d'une activité scolaire ; la suspicion de prosélytisme. La cinquième catégorie rassemble tous les "autres faits perturbant le fonctionnement de l'établissement" comme les insultes ou bagarres sur des arguments religieux ou les absences prolongées pendant les fêtes religieuses.