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Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, la présidente du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté plaide pour une prise de contrôle public de la branche énergie de General Electric au travers de Framatome.

 

Communiqué du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté du 7 décembre :

Lettre ouverte à Emmanuel Macron
Président de la République Française

Monsieur le Président,

Demain, vous serez au Creusot avec plusieurs de vos Ministres pour visiter le site de FRAMATOME et évoquerez l’avenir du nucléaire militaire à travers l’annonce de la construction du Pang, futur successeur du porte-avions Charles de Gaulle.

Ce ou ces porte-avions de nouvelle génération sont évidemment une opportunité pour la Bourgogne-Franche-Comté. Le Sud Bourgogne est le berceau de la fabrication des composants lourds et des pièces stratégiques pour la filière nucléaire formant, du Creusot à Chalon-sur-Saône, la vallée de la métallurgie française.

C’est donc le gage d’une activité tant pour FRAMATOME que pour l’aciérie INDUSTEEL, qui seront directement impliqués dans la construction des chaufferies ou d’éléments de transmission du porte-avion. C’est également l’assurance d’un carnet de commande à long terme pour les 12 000 collaborateurs des entreprises sous-traitantes.

A ces nouvelles réjouissantes pour notre Région et pour l’emploi, se mêle pourtant un constat amer. Amer face à votre silence et celui de votre Gouvernement quant au devenir de la filière énergie en France.
Ce mardi 8 décembre se tiendra le comité central économique de l’entité Steam de Général Electric, qui acte la destruction de 240 emplois à Belfort. Ce énième plan social viendra grossir les rangs des 568 salariés déjà sacrifiés dans la cité du Lion dans une indifférence quasi totale.

A l’heure où le territoire du Creusot est mis à l’honneur, je vous demande de ne pas oublier Belfort.

La filière nucléaire de GE y est hautement stratégique puisqu’elle conçoit la turbine Arabelle, qui équipe nos centrales nucléaires et notre futur EPR. Elle fait la fierté de toute une région et confirme l’excellence du savoir-faire des Belfortains.

Aujourd’hui, General Electric a tous les outils de la transition énergétique : les turbines à combustible notamment les turbines hydrogène qui ne sont qu’une évolution des turbines à gaz, le nucléaire, l’hydroélectricité, les réseaux, l’électrification et la conversion d’énergie ou la capacité d’intégration. Autant de métiers uniques et qu’il faut quoiqu’il en coûte sauvegarder.

Pourtant, Général Electric par le démantèlement successif de ses filières est en passe de casser cet outil industriel.

Pour que la France reste maitresse de son approvisionnement énergétique, il faut recréer un champion énergéticien français.

C’est pourquoi je plaide pour que FRAMATOME, dont l’actionnaire majoritaire est EDF, se porte acquéreur de l’ensemble de la branche énergie de GE.

Défendre Belfort, Grenoble, Boulogne Villeurbanne en tant qu’individualité n’est plus pertinent face au diktat de géant américain. L’unique solution pour protéger l’intégralité de la filière énergétique française, ses emplois et ses savoir-faire, est une prise de contrôle public.

L’autonomie énergétique de notre pays passera inévitablement par un mix énergétique intégrant massivement le développement de l’hydrogène vert. Le nord Franche-Comté, est en passe de réussir ce pari en structurant une filière hydrogène grâce à un écosystème mature fédérant l’ensemble des acteurs : industriels, chercheurs, syndicats de salariés, collectivités locales. Mais ce n’est qu’avec l’appui massif de l’Etat que nous parviendrons à développer et accélérer ces projets synonymes de diversification et de relocalisation industrielle.

Sans votre intervention, nous assisterons à la destruction massive d’emplois et de compétences uniques au monde. Les intérêts de notre pays et la filière française de l’énergie sont en jeu. Nous attendons un acte fort de votre part !

Dans l’espoir de pouvoir m’entretenir avec vous sur ce sujet qui m’anime depuis plusieurs mois, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.

Marie-Guite DUFAY