Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18hcollage_DD_02012021_0001.jpg

Comment la mise en place, dès ce samedi 2 janvier, d’un couvre-feu à partir de 18 heures en Saône-et-Loire et dans 14 autres départements est-elle accueillie par les commerçants du centre-ville de Mâcon ? Pour le savoir, macon-infos est allé à leur rencontre ce samedi matin.

Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18h_DD_02012021_0001.jpg

Nadine Boyer, responsable de la boutique de prêt-à-porter Pimkie de la rue Carnot regrette le manque d’anticipation d’une mesure annoncée à la dernière minute. Elle s’interroge également sur les effets réels de celle-ci : « Finir à 18h au lieu de 19h, cela ne va-t-il pas inciter les gens à venir plus tôt [et donc à être plus nombreux au même moment, ndlr] ? L’enseigne Pimkie nous a demandé de fermer les portes à 17h30, car ils ont déjà observé dans les centres commerciaux que les clientes anticipent le couvre-feu et qu’au-delà de 17h30, nous n’aurons plus personnes.
La principale difficulté pour nous sera la semaine car les gens ne pourront plus venir après leur journée de travail. Je crains aussi de perdre la clientèle de l’Ain ou du Rhône [départements qui ne sont pas concernés par le couvre-feu anticipé, ndlr]. Il aurait mieux valu faire pareil pour tout le monde. »

 

Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18h_DD_02012021_0002.jpg

De son côté, Yassine Bouayyad, co-gérant de la boutique Planète Basket située place aux Herbes, dit comprendre la mesure mais ne cache pas ses craintes quant aux impacts sur son chiffre d’affaires : « Je trouve que la mesure est plutôt positive dans le contexte de lutte contre le Covid, mais je crains des pertes importantes car en général j’ai beaucoup de monde après 17 heures, surtout le samedi. Dans le contexte de crise sanitaire et de crise économique des centres-villes, cela ne va pas nous aider, d’autant plus que, psychologiquement, les gens risquent de moins sortir du fait de la fermeture des commerces à 17h30-18h. »

 

Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18h_DD_02012021_0004.jpg

Même son de cloche du côté de la parapharmacie Tanguy située rue Carnot où la responsable Alexandra Visconti estime « qu’il faut continuer les restrictions pour faire évoluer la situation sanitaire dans le bon sens. Par contre, il est difficile de mesurer l’impact du choix qui a été fait par les autorités. Je ne sais pas si cet horaire fera la différence au plan épidémique.
C’est sûr que pour le commerce ce n’est pas une bonne nouvelle car on n’a déjà pas beaucoup de monde et ça ne va pas nous aider. »

 

Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18h_DD_02012021_0005.jpg

Magali Rodriguez, responsable de la boutique IKKS junior située rue Sigorgne, dit craindre « une baisse du flux de clients. Comme on va fermer à 18 heures, les gens qui travaillent ne pourront pas passer en fin de journée. ». En ce lendemain de fêtes, elle ne sait pas encore comment s’organiser pour tenter de limiter la casse : « pour l’instant, je n’ai pas encore d’informations de la direction. Peut-être allons-nous ouvrir entre midi et 14 heures pour compenser les pertes du soir. Nous devrions en savoir plus en début de semaine prochaine… ». Par contre, elle ne se dit pas favorable à une ouverture le dimanche, mais l’assure : « si la société décide d’ouvrir, on le fera. ».

 

Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18h_DD_02012021_0007.jpg

Pour Virginie de Battista, gérante des boutiques Oxford Homme et Femme, rue Philibert Laguiche et nouvelle présidente de l’association des commerçants du centre-ville, Mâcon Tendance « cette mesure, c’est un moindre mal par rapport à un confinement total car nous restons ouverts.
Pour Mâcon Tendance, nous avons lancé une proposition qui est d’harmoniser les horaires des boutiques du centre-ville et de faire en sorte d’ouvrir nos magasins à partir de 9h30 [au lieu de 10h en général, ndlr] et de faire du non-stop, dans la mesure du possible, jusqu’à la fin de journée, pour rattraper l’heure qui va nous manquer le soir.
L’impact commercial de la mesure dépend vraiment du type de commerce. Depuis que les bars et restaurants sont fermés, la fréquentation des boutiques de centre-ville après 18h est moindre. En revanche, pour les métiers de bouche, l’heure après 18h est très importante, notamment parce que nous commerçants, quand on a fini de travailler, nous allons chez le boucher, le boulanger, le charcutier, le pâtissier pour faire nos courses, chose que nous ne pourrons plus faire. C’est pareil pour les gens qui travaillent en ville et qui souhaitent faire leurs derniers achats pour le repas du soir. »

 

Commerçants_Mâcon_Couvre_feu18h_DD_02012021_0008.jpg

Dans sa boucherie de la rue Lamartine, Vivien Pruvot (ci-dessus en compagnie de Maxime Szewczyk, à dr.) a un avis bien tranché sur une mesure qui va l’impacter fortement : « C’est n’importe quoi. On va perdre tous les commerçants du centre-ville. Et en plus, fermer à 18h au lieu de 19h, ça ne va pas changer grand-chose sur la propagation du virus ! Il aurait été préférable de confiner en laissant les gens sortir pour les courses.
C’est impossible de récupérer ce qu’on va perdre en fin de journée. La fin de journée, c’est 20% de notre chiffre d’affaires. Cette mesure va nous faire perdre beaucoup d’argent et n’aura pas d’effet sur la situation sanitaire. Nous sommes nombreux à ne pas comprendre le choix qui a été fait. On espère que ça ne va pas durer trop longtemps. Si ça dure une semaine, c’est un moindre mal, mais si ça dure tout le mois, ça va être compliqué. »

 

Propos recueillis par David Delecroix