Communiqué :

 

Le gouvernement n’est plus à une contradiction près dans ses injonctions, mais pousse cette fois-ci jusqu’au mépris des dispositions sociales et légales en vigueur dans notre pays. De manière totalement paradoxale, le premier ministre a annoncé une restriction de circulation dès 18h dans tout le pays pour réduire les moments de contamination tout en permettant, d’autorité, l’ouverture des magasins le dimanche, développant ainsi d’autres moments de contamination.

En annonçant cela, il fait complètement fi d’une part de l’obligation de procéder à un accord collectif, ou d’un référendum préalable à toute ouverture dominicale et, d’autre part, des libertés fondamentales des salariés en leur privant, de manière autoritaire et injustifiée, de leur repos dominical. Ainsi demain le travail du dimanche serait rémunéré comme un autre jour de la semaine.

Par conséquent, l’ouverture dominicale prônée et plébiscitée par ce gouvernement, appuyée par le patronat, n’a aucune considération sanitaire mais exclusivement économique.

Ce sont ces mêmes salariés qui ont été en première ligne quand il fallait assurer la continuité économique, qu’on a mis au chômage partiel sans leur avis et à qui on demande aujourd’hui de sacrifier leur repos alors qu’ils sont épuisés.

De plus, l’ouverture des magasins le dimanche ne crée pas d’emplois. Cela est démontré à la fois par les statistiques et par la simple… logique : le pouvoir d’achat des consommateurs n’est pas extensible.

L’ouverture de certains magasins le dimanche crée certes de l’emploi, mais de l’emploi précaire.

Les soi-disant salariés « volontaires » se divisent en trois catégories :

- Ceux qui n’ont pas le choix : dans beaucoup d’enseignes, l’acceptation du travail du dimanche figure sur le contrat de travail. On peut sans difficulté imaginer que le postulant qui refuse ne sera pas embauché.

- Ceux qui sont séduits par les majorations de salaires. Le code du travail ne prévoit ces majorations que pour les ouvertures « exceptionnelles ». La cour de cassation a récemment décidé qu’en cas d’ouverture habituelle, la majoration n’était pas due. La proposition de loi

Lellouche prévoit une majoration maximale de 100% mais… pas de minimum. Il suffira au patron, pour respecter la loi, de majorer le salaire de 10 centimes d’euro par dimanche travaillé. Cette hypothèse n’est pas fantaisiste car le « choix » de travailler le dimanche résultera d’une négociation individuelle entre le salarié et le patron. Enfin, nous l’avons vu, la « garantie » donné par la proposition de loi « Karoutchi » ne tient que tant que la loi ne sera pas modifiée.

- Les catégories de salariés qu’un travail limité au week-end peut tenter, comme certains étudiants, par exemple. Outre le fait que la somme d’intérêts particuliers peut contrevenir à l’intérêt collectif, nous n’estimons pas que la meilleure façon de financer ses études soit de travailler en magasin le week-end. Un tel travail génère de l’échec et beaucoup de salariés de nos secteurs sont d’anciens étudiants qui ont fini par abandonner leurs études. Nous pensons que des bourses d’études suffisantes seraient une solution beaucoup plus adaptée à leurs besoins.

Ils ne sont pas des facteurs économiques ajustables au grès des besoins des patrons et de Bercy et la CGT recourra à tous les moyens pour protéger les travailleurs de ces décisions arbitraires et sans fondement.

La CGT revendique pour les salariés du commerce des salaires qui leur permettent de vivre décemment, sans que ne leur soient imposées des contraintes horaires supplémentaires.

Elle s’oppose donc à la déréglementation du repos dominical.

De plus, la remise en question du repos dominical dans le commerce touchera en fait de nombreux autres secteurs : ouvrir les magasins nécessiterait du personnel de nettoyage, de sécurité, l’ouverture de centres d’appel pour le contrôle des transactions, des banques, la mise en place de moyens de transports supplémentaires, l’ouverture des crèches etc.

Or le dimanche constitue un temps de repos collectif important qui permet aux parents de s’occuper de leurs enfants, aux militants associatifs de s’occuper de leurs associations, aux sportifs de pratiquer leur passion etc. Il permet de préserver un temps qui ne soit pas celui de la consommation.

L’immense majorité des français veut préserver ce temps de repos collectif. En abordant le sujet par le biais de la question « est-ce que ça vous arrange de pouvoir acheter n’importe quoi à n’importe quel moment » on tente d’éluder le débat de fond autour de la persistance de ce jour de repos collectif et de faire oublier que le consommateur qui achète le dimanche risque d’être demain le salarié qui travaille le dimanche !