mardi 7 décembre 2021

 

Il a été réquisitionné au début du mois par le préfet pour effectuer un service de 24h à Paray-Le-Monial après une semaine d'activité intense à Mâcon. Ce sont des policiers qui lui ont transmis l'ordre de réquisition ! À lire aussi, la réaction de deux urgentistes qui ont mal vécu l'épisode et s'interrogent sur l'avenir de la qualité des soins.

 

Nous sommes vendredi 1er octobre vers 18h. Plus de 100 personnes se sont présentées aux Urgences à Mâcon dans les dernières 24h. Jacques Asdrubal, médecin, chef du service des urgences, termine une semaine d'intense activité avec près de 55h au compteur.

Une trentaine de personnes attendent dans ce que les urgentistes appellent, bien malgré eux, le « couloir de la honte » avant d'être examinées par un médecin, depuis plusieurs heures pour certaines. Une aide-soignante tente de répondre aux besoins.

 

Le chef de service devrait pouvoir bénéficier d'un temps de repos dans quelques minutes. Ce week end, il n'a qu'un poste de 6h à assurer aux urgences samedi soir.

Mais le téléphone de service sonne... le secrétariat lui indique que deux policiers demandent à le voir, ils ont un papier à lui remettre. Il s'agit d'un ordre de réquisition préfectoral ! Sur ce papier, il est indiqué : « sur proposition du directeur général de l'ARS de Bourgogne - Franche-Comté, il est procédé, du samedi 02 octobre 8h30 au dimanche 03 octobre 8h30, à [sa] réquisition afin d'assurer la permanence des soins au SMUR de Paray-le-Monial. »

 

Vous avez bien lu... le médecin chef des urgences, qui vient de terminer une semaine harassante et qui voit les patients en attente de prise en charge agglutinés à Mâcon, se voit dans l'obligation d'assurer une garde de 24h à 60 km de son domicile !

S'il refuse, il encours 6 ans de prison et 10 000 € d'amende !

 

Mais il n'est pas surpris. Il connait la situation à Paray-le-Monial, qui fonctionne avec un service médical composé à 50 % de médecins intérimaires, qui eux-même vont se voir amputer d'une part importante de leur rémunération par décret ministériel. Résultat, le SMUR de Paray accuse un grave déficit. Réponse de l'Etat : appel à la solidarité et... réquisition des Mâconnais.

 

N'accablons pas les médecins intérimaires, le système marche sur la tête, accusant le coup d'un manque de vision et d'anticipation des politiciens devant les évolutions sociétales majeures (accroissement et vieillissement de la population), de 30 ans de numérus clausus sous fixé depuis 1982. L'hôpital est malheureusement devenu « un bien commercial et non plus un bien commun à préserver, à défendre » selon l'expression de Jacques Asdrubal. Les soignants compensent les défaillances. Jusqu'à un certain point. Et à quel prix ?!...

Rodolphe Bretin

 

 


Réaction et réflexion des docteurs Alexis GIRARD et Maxime ARNAUD, praticiens Hospitaliers – Médecins urgentistes du CH MACON

 

Une lettre ouverte rédigée par eux-mêmes

« Urgences, Hôpital, Santé : de la maltraitance vers l’effondrement ? »

 

Avec le soutien du Dr Jacques Asdrubal, chef de service des Urgences, de l’équipe médicale des Urgences et autres membres de la communauté médicale du Centre Hospitalier de Mâcon.

 

« Jacques est le responsable des Urgences de Mâcon depuis 10 ans. Il exerce dans ce service de l’hôpital public depuis 30 ans. Il a vécu de nombreuses expériences professionnelles, il a vu l’état de l’hôpital et de ses soignants se dégrader au fil du temps et des réformes politiques. Il a vu les urgences s’engorger chaque année un peu plus. Il en connait les raisons : difficultés d’accès aux soins ambulatoires, exigence d’immédiateté, réduction de l’offre globale de soins. Il alerte à ces sujets depuis bien longtemps, bien trop longtemps. Il a accompagné la grève des personnels paramédicaux des urgences mi 2019, réclamant plus de moyens matériels et humains pour l’hôpital et le service.

 

Cette grève n’est pas terminée, lorsqu’arrive le tsunami de la covid fin février 2020, qui va déferler avec une violence phénoménale sur la région mâconnaise. Les Urgences et l’hôpital, soutenus par la médecine libérale et certains professionnels du secteur privé, tant bien que mal, auront fait face aux vagues successives, en première ligne. 

 

(...) (le paragraphe supprimé évoque simplement ce que nous relatons plus haut) 

Cette réquisition n’est pourtant pas une surprise pour lui, il avait préparé sa famille et ses collègues à cette éventualité. En effet, depuis plusieurs semaines, l’équipe médicale des Urgences de Paray Le Monial ne parvient plus à assurer l’ensemble de ses missions d’urgences et de SMUR, suite au désistement de plusieurs médecins intérimaires. 

De nombreux appels à la « solidarité » ont été lancés sur l’ensemble du département, afin d’éviter l’interruption des activités de permanence de soins urgents sur ce secteur. Certains urgentistes mâconnais y ont répondu favorablement. D’ailleurs, lorsque Jacques arrive aux Urgences de Paray samedi matin, il prend le relai d’un de ses collègues mâconnais, qui avait assuré la nuit de garde du vendredi au samedi. 

Quant au trou de planning laissé vacant par l’absence forcée de Jacques à Mâcon, la plage sera reprise par un autre urgentiste mâconnais qui avait lui-même été volontaire pour assurer une journée de travail supplémentaire, vendredi, en journée… à Paray…

 

Cette histoire peut paraître anecdotique pour qui ne se sent pas directement concerné. Pas pour nous, médecins urgentistes, agents du service public hospitalier. Passés le dépit et la colère face à cette expression du mépris de nos autorités, le sentiment de pouvoir être traités comme des pions déplaçables à tout instant au gré de décisions politiques irresponsables, nous laisse perplexe. Inquiets surtout que cette nouvelle étape franchie dans l’expression du cynisme et de l’incompétence des autorités ne menace la survie de notre service, de notre hôpital et in fine du système de soins tout entier.

 

Si gouverner c’est prévoir, cette histoire illustre bien la faillite des tutelles à assumer leur mission première. Face à la problématique connue des carences d’effectif médical à Paray, comme ailleurs, comme à Mâcon, que nous dénonçons depuis de nombreuses années, quelles réponses nous apportent l’ARS et la préfecture ? Combler une carence médicale en en créant une autre ailleurs ? Quelles actions sont entreprises pour inciter les candidatures médicales et pour fidéliser les praticiens à l’hôpital ? Les déplacer au gré des effondrements successifs ?

 

A l’hôpital de Mâcon, comme dans de nombreux hôpitaux publics français, plusieurs secteurs d’activité sont menacés du fait de la carence en effectifs soignants. Régulièrement, des services de soins ferment, tout ou partie, faute de personnels. Aux urgences, nous « fonctionnons » avec un déficit chronique d’effectif médical de l’ordre de 30%. Récemment, 3 collègues ont annoncé leur départ total ou partiel du service. Les conséquences sont graves pour les professionnels, pour lesquels la charge de travail va encore augmenter. Les conséquences sont graves aussi et surtout pour les usagers.

 

Le service accueille en moyenne 115 patients par jour et assure 3 à 4 sorties SMUR par 24h. Il gère aussi les urgences intra-hospitalières et dispose d’un secteur d’hospitalisation de courte durée de 10 lits. Parmi les patients admis aux urgences, outres les situations médicales, traumatologiques, chirurgicales ou psychiatriques aiguës, constitutives du cœur de nos missions, nous recevons également des patients ne relevant pas de notre compétence ni du plateau technique des urgences, en particulier sur les périodes dites de « permanence de soins » : nuits, week end et jours fériés. Les difficultés d’accès aux soins qu’ils soient primaires, ambulatoires ou en établissements de santé expliquent en partie cette situation dégradée.

 

La fragilité de notre effectif rend impossible la poursuite de l’ensemble de ces activités. Elle participe à la dégradation de la qualité et de la sécurité des soins apportés aux patients. La littérature scientifique a établi que des durées de passages trop longues dans un service d’urgences, ont des conséquences sur l’état de santé des patients admis.

 

Au-delà de 4 heures de temps de passage, les risques de dégradation de la santé des patients sont augmentés de 3% pour tout un chacun, et jusqu’à 40% pour les personnes les plus fragiles, les sujets âgés en particulier. Notre durée médiane de temps de passage aux urgences de Mâcon est de 4h30… Cela signifie que la moitié des patients attend plus de 4h30 aux urgences, certains jusqu’à 12 heures. Cela est maltraitant, indigne et dangereux.

Mais que deviendra ce chiffre, lorsque nous réduirons encore notre effectif médical et si aucune mesure n’est prise pour pouvoir nous recentrer sur nos missions ?

 

Si nous témoignons aujourd’hui, c’est que nous craignons franchement les conséquences d’une nouvelle dégradation de nos conditions de travail et donc de la qualité des soins. Il nous apparait être notre devoir d’informer nos concitoyens de nos inquiétudes pour l’avenir de leur santé.

Maltraités et involontairement maltraitants, les soignants rendent la blouse. Jusqu’à l’effondrement de notre service, de notre hôpital et au-delà de l’ensemble du système de soins ? Possiblement.

 

Il y a urgence à ce que l’ensemble des citoyens prenne conscience de cette déroute, « en marche » et qui s’accélère.

Après le chef de service des urgences, quel sera le prochain professionnel à être menacé d’une amende et d’une peine de prison pour combler les conséquences funestes de plusieurs dizaines d’années de politiques de destruction de notre système de santé ?

Après l’effondrement d’un service d’urgence, quelle seront les prochaines activités condamnées ?

 

Ah oui, pour finir : jeudi 7 octobre, Jacques est honoré par la nation et élevé au grade de chevalier de la Légion d’Honneur*, pour l’ensemble de son engagement et pour sa participation, avec l’ensemble des personnels de l’hôpital, à la gestion de la crise covid.

5 jours après avoir été traité comme un pion, pas sûr qu’une médaille à la boutonnière suffise à laver l’offense et le mépris. » 


 

 

*Le récipiendaire a reçu la médaille, non pas pour lui même, mais parce qu'il a vu combien ce signe de reconnaissance était important pour les gens qui travaillent avec lui. Oui, c'est un honneur, une fierté de travailler aux côtés d'un tel professionnel, que la nation salue pour son engagement. Sentiment humain que Jacques Asdrubal a perçu et honoré à son tour, en acceptant la Légion d'honneur ce 07 octobre, tout en rappelant lors de la cérémonie cette chose essentielle : « Ces décorations sont les vôtres. »

« Beaucoup de gens m'ont félicité quand ils ont su qu'elle m'était décernée » a-t-il confié à macon-infos quelques jours après, sollicité par nos soins. « J'ai alors mesuré le poids de la représentation, combien cette reconnaissance était importante pour les travailleurs de l'hôpital. »

R.B.



 

 

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