Deux séries sont visibles jusqu’au dimanche 7 novembre. Une achevée en 2018 et une autre démarrée en 2019 actuellement en cours…

La première présentée à la galerie est dans la continuité de l’exposition réalisée en 2016 en ce lieu même. Elle se compose de grands formats à l’huile avec comme sujet de départ, le bouquet de fleur. Ce sujet atemporel a été surtout un prétexte à un déploiement de couleur. Ainsi qu’à une gestuelle forte, d’où le recours à de grands formats.

La dernière série a ouvert sa peinture à des tableaux de petits formats dans une expérience plus intime. Certaines toiles assez minimalistes se composent de tâches, de motifs. D’autres sont beaucoup plus construites et narratives tout en gardant un certain degré d’abstraction. Les titres des tableaux peuvent apporter une clé de lecture. L'artiste peux raconter la petite histoire de chacun. Ils sont énigmatiques car leurs formes ne sont jamais clairement définies. La couleur l’intéresse sous toutes ses coutures et c’est sans doute pour cela que elle ne les formalise pas.

Il y a souvent une présence de voile pictural, de voilé, dévoilé, de dit et de non dit, comme une forme d’instabilité qui permettrait à la couleur de vibrer. Certaines toiles sont périlleuses (construites dans le temps et le labeur), d’autres jubilatoires (faites dans la rapidité). Laure Cambie travaille sur plusieurs à la fois. Et jette beaucoup.

« Je démarre une toile avec une vague idée en tête, je tâtonne, fais des pas de coté. J’avance bien souvent par couches successives jusqu’au moment où les peintures prennent sens, les couleurs commencent à vibrer. Dans ces instants les gestes sont assurés, mesurés, je suis dans le présent de la peinture, s’ensuit l’étonnement. Tout peut basculer, il faut continuer ou recommencer. Cela participe aussi à la création. Une peinture existe quand elle se lève, elle devient autonome. C’est une affaire de peinture et de regard. »

Pour Laure Cambie, « l’expérience de la couleur sollicite nos sens : j’accorde une attention toute particulière à cette notion, sans pathos ni recours à des sujets extérieurs. Bien que ma peinture soit résolument abstraite, il subsiste une narration possible. Est-ce un paysage, un motif, un simple bloc de couleur, une musique ? La couleur, au-delà de ses codes et de son histoire, est ce qu’il subsiste de notre mémoire. Un témoignage de nos vies, une trace. Le confinement a ouvert ma peinture sur l’intimité de l’échelle, en engendrant de petits formats, et d’une expérience sensorielle.

Je confectionne un fond de gesso, sur lequel je laisse libre cours à mon imagination. La préparation du support est déterminante pour la suite, l’objectif étant d’obtenir une forme ou une configuration de couleur particulière sur la toile.

Je pars souvent d’idées de couleurs ou de compositions très simples. Il m’arrive aussi de dévier à contre sens en cours de route. Au fil des compositions, j’envisage avec plaisir le geste de peindre comme un processus de recouvrement progressif, un enchaînement d’aplats et de glacis.

L’apparition de formes géométriques denses, plus structurées accentue les contrastes et les nuances de tons, et contribue à mobiliser le regard. L’utilisation récente d’acryliques plus ou moins épaisses rehaussées de pigments fluorescents et irisés, est une tentative pour accéder au point de rencontre de la couleur et de la lumière. Jusqu’à ce que les couleurs commencent à vibrer de concert. »

Laure Cambie est née en 1980. Elle vit et travaille à Cluny. Après des études d’Histoire de l’art à l’université Lyon II, elle sort diplômée de l’École des beaux-arts de Saint-Étienne et de l’École d’art et de Design de Norwich (Angleterre).

Influencée par la pratique décomplexée et intuitive de la peinture américaine et le mouvement d’avant-garde CoBrA avec des peintres modernes tels que Joan Mitchel, Asger Jorn ou contemporains tels que Sadie Laska, Brendan Cass, Wallace Whitney…, elle admire aussi les peintures plus contemplatives de Brice Marden, Ettore Spalletti, Shirley Jaffe…. Elle est particulièrement sensible à la présence de la couleur au-delà des époques et des courants artistiques.

Laure Cambie enseigne la peinture et le dessin lors d’ateliers ou de stages. Elle intervient dans le cadre de résidences, dans des écoles d’art ou des musées nationaux. Elle travaille et expose en Angleterre, en Belgique et en France.

L'exposition est ouverte du mardi au vendredi de 12 h 30 h à 18 h, le samedi de 10 h à 12 h 30 et de 15 h à 18 h. Présence de l’artiste les dimanches 31 octobre et 7 novembre de 14 h à 18 h.