lundi 6 avril 2020
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« J’ai franchi la barrière, j’ai franchi la barrière », concède l’auteur des faits.

En audience correctionnelle cet après-midi, une affaire qui remonte aux années 2001, 2002, et 2003, soit pour les 13 ans, 14 ans, puis 15 ans de la victime. Une affaire d’agression sexuelle requalifiée en « atteinte sexuelle ».

C’est l’histoire de parents dont le fils est passionné de moto-cross. La famille est modeste, mais les parents inscrivent leur fils en club.
Très actif au sein de ce club, un monsieur qui était à l’école avec le père du garçon. Un lien de familiarité ancien, mais un lien tout de même. Et lorsqu’il propose de prendre en charge certains trajets, et d’héberger le jeune Tom quand il y a des compétitions, les parents acceptent : après tout, s’entraider rend la vie plus facile, et c’est sympa de se rendre service.

Les années passent.

Un jour Tom va, soudainement, leur semble-t-il, dire à ses parents qu’il ne veut plus aller au moto-cross : « Je veux arrêter. » Nous sommes fin 2003.
Il faudra plusieurs années pour que ça sorte. Il faudra la naissance d’un bébé dans sa famille, pour que Tom, penché sur le berceau, ressente violemment que ce bébé-là doit être protégé…

Protégé…

Tom parle. Il a plus de 20 ans alors. Il dit les masturbations imposées, les fellations imposées, il dit la répétition sur plusieurs années. Une enquête est ouverte, l’instruction dure 3 ans.
Tom a 28 ans aujourd’hui. Il est peu bavard, il est très mal. « Jeune homme très inhibé », dit l’expert psychiatre.
L’agresseur a 60 ans aujourd’hui, et compte-tenu de la gravité de ses actes, il ne semble pas si mal que ça : « J’ai franchi la barrière. », il le répète à plusieurs reprises, concédant les gestes et l’atteinte sexuelle, mais en en minimisant et le nombre et, surtout, la portée.

Il a franchi la barrière, il est d’accord avec ça, mais…

La victime en aurait gardé traumatisme ? Mais pourquoi ? Puisqu’il en semblait content, qu’il manifestait du plaisir, etc. Un préjudice moral ? Mais pourquoi ? Et puis l’enfant n’a jamais refusé !
Le Parquet et l’avocate de la partie civile vont expliquer pourquoi, vont le dire, vont insister : le sujet ne fait pas matière à discussion, tous les abus sexuels sont interdits par la loi. Tous. De la caresse déplacée au viol, tout est interdit.
Interdit aussi de faire visionner à l’enfant du porno. Mettant d’abord une cassette de moto-cross pour basculer ensuite sur du sexuel. C’est interdit, sans discussion possible.

L’adulte est responsable, de l’abus d’emprise et de l’abus sexuel

L’idée, comme le souligne la Procureur, qu’une telle différence d’âge (32 ans) entraîne une emprise, n’a pas semblé convaincre le prévenu, qui en reste à une sorte de ligne jaune qu’il n’aurait pas fallu franchir, mais bon.
On peut tourner les choses comme on veut, il restera toujours que l’adulte est responsable devant l’enfant, l’adulte doit être garant de la loi, et qui peut ignorer enfreindre la loi lorsqu’il abuse d’un enfant ?

Les parents a posteriori sont bouleversés, car les cadeaux que cet ancien camarade d’école faisait à Tom se trouvent éclairés sous un jour bien glauque. Consoles de jeux, un vélo, etc. Glauque. Maître Labaune se constitue partie civile pour ces parents « dont la confiance a été trahie ».

Il aura fallu qu’un bébé tout juste né, si dépendant, si fragile…

Tom est resté pris dans de la honte, et aussi de la culpabilité, longtemps après cette période si terrible de sa vie. Il aura fallu qu’un bébé tout juste né, et paisible dans son innocence, mais si dépendant, si fragile, vienne rappeler à Tom que lui aussi devait être à 12 ans, à 13 ans, etc., protégé des abus, des agressions, perpétrées par un prédateur déguisé en ami d’enfance de son propre père, et qui lui faisait des cadeaux, empoisonnés.

Le Tribunal monte une barrière qui devrait être infranchissable

Les juges vont suivre le Parquet et condamnent Monsieur D., qui avait 45 ans au début des faits, à 3 ans de suivi socio-judiciaire*, à une obligation de soins, à l’interdiction de tout contact avec des mineurs, et l’inscrivent au FIJAIS.

Le jeune homme recevra 3000 € de dommages et intérêts, ses parents 700 € chacun. Tom a été, alors qu'il était enfant, victime d'un adulte, il n'y a rien à discuter sur ce point.

FSA

 

* Si Monsieur D. ne respectait pas toutes les conditions qui encadrent le suivi socio-judiciaire, il pourrait faire 2 ans de prison.

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https://www.cnil.fr/fr/fijaisv-fichier-judiciaire-automatise-des-auteurs-dinfractions-sexuelles-ou-violentes

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