
"L'amitié ne se recherche pas, ne se rêve pas, ne se désire pas, elle s'exerce. C'est une vertu", disait Simone Weil. Et certaines amitiés, aussi rares soient-elles, résistent à l'épreuve du temps. Tel est le cas de ce groupe de camarades dont les premiers contacts remontent à la période de l'école primaire.
Les amis de longue date, c'est le moins qu'on puisse dire, sont venus fêter les 100 ans de Céline Petit (née Bonin), la femme de leur ancien instituteur de l'époque, M. Petit. Ce jeudi 5 novembre, à partir de midi, au sein de l'élégant "Cassis Restaurant", la tablée, composée de 13 convives, chiffre symbolique, a résonné aux sons des rires et aux sourires des retrouvailles.
Née le 14 octobre 1926 à Verosvres, un petit village à cheval entre le Charolais et le Mâconnais, Mme Petit a exploré bien des horizons professionnels au cours de son existence. Une vie riche de rencontres, de reconversions et de souvenirs, dont les premières pages se sont écrites dans une famille d'agriculteurs.
La jeune Céline rêvait alors de devenir coiffeuse. Mais ses parents, agriculteurs, peu enclins à la voir s'éloigner du foyer familial pour suivre une formation à Lyon, en décidèrent autrement. C'est finalement vers la couture qu'elle se tourna, en intégrant une école à Villefranche-sur-Saône. À seulement 18 ans, elle exerçait déjà ce métier, installée avec sa sœur dans la ferme familiale.
Le destin allait cependant lui réserver une rencontre décisive. Un jour, ses parents invitèrent à déjeuner le directeur de l'école du village, accompagné d'un jeune instituteur stagiaire. Ce dernier allait devenir son époux, le 16 juillet 1949. De cette union naquit Jean-Paul, en 1951.
Au gré des mutations de son mari, Céline Petit découvrit plusieurs communes de la région, de Saint-André-le-Désert à Cluny, en passant par Donzy-le-National et Saint-Pierre-le-Vieux. Dans cette dernière commune, elle ne ménagea pas ses efforts, prenant en charge la cantine et le ménage de l'école. Chaque jour, quelque 60 écoliers profitaient de ses repas, préparés au terme de longues matinées commencées dès 6 h 30. Une besogne exigeante, mais accomplie avec entrain.
L'installation de la famille dans le Mâconnais marqua un nouveau tournant. Bien décidée à poursuivre sa vie active, Céline reprit le chemin de l'école, cette fois sur les bancs d'une formation en sténodactylographie. Son sérieux lui ouvrit rapidement les portes du palais de justice de Mâcon, où elle devint auxiliaire greffière.
Elle rejoignit ensuite la préfecture, où elle gravit progressivement les échelons, jusqu'à sa retraite en mai 1990. Une carrière menée avec rigueur et passion, au point de quitter ses fonctions avec un léger pincement au cœur.
Les années suivantes furent celles des voyages, des joies familiales et des souvenirs cultivés au fil du temps. Mais parmi les liens qui traversèrent les décennies, celui noué avec les anciens élèves de son mari occupa une place particulière.
En 2013, cinquante ans après leur passage dans les classes du "petit lycée" de la rue Lacretelle, plusieurs anciens élèves retrouvèrent leur instituteur Jean Petit et son épouse à l'occasion d'une rencontre organisée en son honneur. Des retrouvailles qui, loin de constituer un simple retour vers le passé, donnèrent un nouvel élan à une affection jamais éteinte.
Treize ans plus tard, c'est donc autour de Céline Petit que ces anciens écoliers se sont de nouveau réunis. À cent ans, Mme Petit peut ainsi mesurer la richesse d'une existence où les liens humains ont su défier les lois du temps. Car si les années s'égrènent inexorablement, certaines amitiés, elles, ne prennent pas une ride.
Yvan Peinaud