samedi 2 mars 2024

 

Michel Perche, président du tribunal de commerce de Mâcon, a évoqué pour macon-infos, en cette période très troublée, la santé de l'économie locale, l'augmentation du coût de l'énergie, la dette de l'Etat, les startups, et prodigué quelques conseils aux entrepreneur.e.s. Il rappelle aussi les politiques à leurs responsabilités quant au coût exorbitant de l'électricité. Entretien.

 

 

Comment se présentent les choses pour notre bassin économique ?

 

« L'année 2022 se présente mieux que l'année 2019, qui était une année normale, sans covid et sans aide de l'Etat. Pour l'heure, moins 23 % de procédures collectives pour les entreprises du bassin de Mâcon par rapport à cette année-là. En revanche, les choses se gâtent par rapport à 2021 (année bénite lors de laquelle la plupart des bilans d'entreprises étaient bons) avec une augmentation significative de 122 % des procédures collectives entre juillet et octobre, mais qui frappent essentiellement le secteur de la restauration. En France, c'est + 66 %.

 

Cette année encore, les secteurs toujours touchés par la baisse d'activité due à la peur du covid sont encore beaucoup aidés par l'État, les autocaristes par exemple, les agences de voyage.

 

Notons aussi qu'il y a eu beaucoup de profiteurs malhonnêtes des aides covid... elles ont créé un appel d'air pour des petits escrocs qui œuvraient par usurpation d'identité, pour avoir une adresse. Ce genre d'affaires a explosé depuis deux ans. Avant, c'était une tous les trois ans ; aujourd'hui, c'est dix par an ! »

 

 

Comment voyez-vous les choses pour 2023, année annoncée comme étant une année de forte récession par un certain nombre d'économistes ?

 

« Les économistes sont des lanceurs d'alerte mais ils ne font pas l'économie. La plus grande incertitude aujourd'hui porte sur le coût de l'électricité et la crise de l'énergie en général, avec des factures d'électricité multipliées par dix ! Ce n'est pas tenable. 15 % d'augmentation, c'est raisonnable et normal. Là, il faut agir vite, très vite, en désindexant le tarif de l'électricité au tarif du gaz, car cette indexation est une aberration. Nous avions l'électricité la moins cher d'Europe !... Les politiques doivent prendre leurs responsabilités.

 

Pour l'augmentation du carburant, je ne suis pas si inquiet, car les pétroliers disent qu'il y a des gisements de pétrole encore pour plus d'un siècle. Ce n'est pas politiquement correct de le dire, mais qu'importe. Je rappelle aussi que le coût du carburant, c'est 60 % de taxes... »

 

 

Que vous inspire le montant de la dette publique, qui peut aussi pénaliser fortement les entreprises ?

 

« Oui, cela promet des impôts et des taxes justement, alors que tout avait bien redémarré, qu'elle allait pouvoir être remboursée grâce à la reprise économique. Ceci dit, il faudrait créer un ministère des économies, car des économies très importantes peuvent être faites au niveau de l'Etat, en fonctionnement. Un exemple : dans 1 € consacré à l'aide sociale, il y a 40 centimes de frais de dossier et autres frais de fonctionnement.

 

Si j'avais à traiter l'Etat français, je le mettrai en cessation de paiement. Il y a des problèmes structurels lourds à résoudre. » 

 

 

Quels conseils pouvez-vous donner aux entrepreneurs en ces temps perturbés ?

 

« Nous avons vu avec la crise sanitaire que les faillites sont plus dues à des mauvaises gestions, des manques d'anticipation, de prévoyance, que d'une crise quelconque. L'Etat a fait ce qu'il fallait pour sauver les entreprises pendant le covid. Mais on a vu aussi des chefs d'entreprise, dans la restauration en particulier, gagner plus avec les aides que lorsqu'ils travaillaient. Cela a eu un effet pervers qui s'est traduit par une démotivation profonde. Pour le coup, les procédures collectives et les faillites d'hôtels et restaurants ont explosé comme je l'ai dit. 

 

Ceci étant dit, pardonnez-moi mais je vais évoquer mon cas personnel. En 2008, crise des subprimes. Dans mon entreprise, j'ai ressenti les choses pendant trois semaines en février 2009. Plus de commandes ! J'étais vraiment inquiet. J'ai diversifié l'activité, en faisant de la formation notamment. Et puis surtout, j'ai investi dans une machine high tech et lancer des commerciaux pour aller chercher les affaires. Ça a marché tout de suite. Je n'ai pas eu à licencier. Le conseil, c'est donc : Diversifier, investir, et aller chercher les clients. »

 

 

Nous avons une belle cité de l'entreprise à Mâcon, au service de l'innovation et de la création d'entreprise de la haute technologie. La création de startups vous rend-elle optimiste ?

 

« Pas plus que le reste. On voit des levées de fonds rapides et impressionnantes car l'idée séduit, mais après il faut tenir la distance. Et on voit de tout dans ce domaine. Les marchés de niche sont parfois peu fiable et peu viable. La réussite d'une entreprise, quelle qu'elle soit, tient beaucoup à la confiance qui s'instaure entre le client et les fournisseurs. Il faut souvent plusieurs années pour atteindre une bonne rentabilité et vivre correctement de son travail. Moi-même, j'ai mis 10 ans. 

 

J'ajoute qu'à l'échelle globale, une forte croissance n'est pas forcément un bon signe. L'économie a besoin de calme et de stabilité. Après la guerre en Ukraine, je pense que les choses vont se calmer. Restera à l'Etat de résorber la dette comme évoqué avant. Et regarder du côté de l'Inde, qui va bondir économiquement. Il faut se préparer à cela. »

 

 

Une solution là aussi ?

 

« Oui, il faudrait encadrer mieux celles et ceux qui démarrent, qu'il y ait des parrains* qui surveillent, sans remettre en question la libre entreprise bien sûr. 

 

Pour l'entrepreneur, bien évaluer les contingences propres aux marchés de niches. Avoir une bonne idée, c'est très bien, mais il faut s'assurer de la faillibilité des acteurs économiques du marché qu'on veut conquérir. Pour autant, il y a toujours une part de risque et d'incertitude, c'est la vie, il faut être opiniâtre et persévérant. »

 

 

Propos recueillis par Rodolphe Bretin

 

 

*NDLR : L'incubateur Inobiz agit dans ce sens à la cité de l'entreprise.

 

 

à lire sur Inobiz :

 

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