
Le 12 juillet 1906, le capitaine Alfred Dreyfus était réhabilité. Un documentaire très instructif a été diffusé sur France Télé dimanche soir au sujet de ce qui a permis au capitaine Dreyfus de tenir en détention : les échanges de lettres avec son épouse Lucie. macon-infos vous en propose le résumé.
Une journée nationale de commémoration dédiée à Alfred Dreyfus et à la reconnaissance de son innocence a été instaurée cette année. Cette date n’a évidemment pas été choisie au hasard. Elle est l’anniversaire d’une décision historique : celle de la réhabilitation du capitaine Dreyfus, ce même jour en 1906.
À Mâcon, la cérémonie, présidée par la sous-préfète et directrice de cabinet du préfet Salwa Philibert, s'est déroulée ce dimanche en fin de matinée au square de la Paix en présence des autorités civiles et militaires, d'une délégation du Service Départemental D'Incendie et de Secours et des porte-drapeaux des anciens combattants et victimes de guerre.
Un peu d'histoire
Une sombre affaire qui a divisé la France
Alfred Dreyfus est un officier français, plongé au cœur d’une crise politique majeure sous la 3e République. Le soldat, de confession juive, s’est trouvé impliqué dans une histoire d’espionnage.
Capitaine stagiaire à l’état-major de l’armée en 1894, il est arrêté et inculpé pour haute trahison à cause d’une ressemblance d’écriture, et devient malgré lui l’objet d’une des plus grandes affaires politico-judiciaires de l’époque.
Condamné en 1894 à la dégradation et à la déportation perpétuelle au bagne de Cayenne, sa peine est commuée en 1899 lors de son second procès à 10 ans d’emprisonnement, avant qu’il ne reçoive finalement une grâce du président Émile Loubet, comme le retrace le ministère des Armées. Il n’est finalement réhabilité qu’en 1906, et réintégré dans l’armée au grade de chef d’escadron tout en étant fait chevalier de la Légion d’Honneur.
Une commémoration nationale après avoir élevé le capitaine au grade de général de brigade
Malgré ce qu’il a traversé, Alfred Dreyfus est resté fermement engagé pour son pays, notamment lors de la Première Guerre mondiale. En novembre dernier, le capitaine a été élevé au grade de général de brigade à titre posthume.
Cette journée de commémoration est une « réparation », sonnant comme un rappel régulier, pour ne jamais oublier.
Dépôt de gerbes, sonnerie aux Morts et Marseillaise ont clos la cérémonie.
Maryse Amélineau

A voir et à revoir :
Alfred et Lucie Dreyfus, je t'embrasse comme je t'aime
Ce documentaire a été diffusé sur France 5, le dimanche 12 juillet, à 23 h 15, dans le cadre de la première Journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus, instaurée cette année.
Le point de départ : une condamnation qui détruit une famille
Le film s'ouvre sur l'automne 1894.
Le capitaine Alfred Dreyfus, officier d'artillerie brillant, est arrêté puis accusé d'avoir livré des secrets militaires à l'Allemagne. Le documentaire rappelle brièvement le contexte politique, le climat nationaliste et l'antisémitisme qui règnent alors en France, sans s'y attarder longuement.
Après un procès à huis clos où des pièces secrètes sont communiquées aux juges sans que la défense puisse les consulter, Dreyfus est condamné pour haute trahison.
Le documentaire montre ensuite la célèbre scène de la dégradation militaire, le 5 janvier 1895, dans la cour de l'École militaire.
Ses galons sont arrachés.
Son sabre est brisé.
La foule crie :
« À mort le traître ! »
Pendant toute cette scène, le film oppose les images d'archives aux mots d'Alfred et de Lucie, donnant davantage de poids à leurs émotions qu'au spectacle public.
Le pacte entre Alfred et Lucie
C'est le véritable cœur du documentaire.
Avant le départ d'Alfred vers le bagne, Lucie lui fait une promesse.
Elle lui demande de tenir.
De survivre.
Peu importe les souffrances.
Elle fera tout pour prouver son innocence.
Le film explique que ce pacte devient le moteur psychologique des deux époux pendant cinq années.
Lucie refuse de croire à la culpabilité de son mari une seule seconde.
Elle organise sa défense.
Contacte des avocats.
Mobilise la famille.
Cherche des soutiens politiques.
Écrit presque chaque semaine.
De son côté, Alfred promet de ne jamais renoncer malgré le désespoir.
Le bagne de l'Île du Diable
Le documentaire décrit avec précision les conditions de détention.
Alfred est envoyé en Guyane, sur l'Île du Diable.
Il vit totalement isolé.
Il est soumis à :
-
une chaleur permanente ;
-
des maladies tropicales ;
-
une nourriture médiocre ;
-
l'interdiction de parler à quiconque ;
-
parfois même l'enchaînement nocturne à son lit.
Le film insiste sur la solitude extrême.
Le seul lien avec le monde extérieur reste le courrier.
Les lettres : véritable personnage principal
Le documentaire repose presque entièrement sur les centaines de lettres échangées entre Alfred et Lucie.
Elles sont lues par des comédiens (Mélanie Doutey, Jérôme Robart, Léonie Simaga…) tandis que défilent photographies, archives, paysages de Guyane et animations discrètes.
Ces lettres révèlent plusieurs dimensions.
Alfred
Il alterne :
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l'espoir ;
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le désespoir ;
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l'incompréhension ;
-
la peur de devenir fou.
Il répète constamment son innocence.
Il demande des nouvelles des enfants.
Il s'inquiète pour Lucie.
Il tente de conserver une discipline intellectuelle afin de ne pas sombrer.
Lucie
Le documentaire montre une femme remarquable.
Elle ne se contente pas d'attendre.
Elle devient une véritable combattante.
Elle rassure Alfred.
Elle évite de lui transmettre certaines mauvaises nouvelles.
Elle cache parfois ses propres angoisses pour maintenir son moral.
Le film montre que, sans Lucie, Alfred aurait probablement perdu toute volonté de vivre.
La censure
Un aspect très intéressant du documentaire concerne la surveillance du courrier.
Toutes les lettres sont :
-
ouvertes ;
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copiées ;
-
censurées ;
-
parfois retenues pendant plusieurs mois.
Les autorités sont persuadées que les époux utilisent un code secret.
Le documentaire explique que cette obsession conduit l'administration à analyser minutieusement chaque mot.
Certaines lettres n'arrivent jamais.
D'autres mettent plusieurs mois à parvenir à leur destinataire.
Cette lenteur renforce encore la souffrance du couple.
Lucie, héroïne oubliée
L'une des idées fortes du film est que l'Histoire a souvent retenu Émile Zola ou Georges Picquart, mais beaucoup moins Lucie Dreyfus.
Pourtant :
-
elle organise la défense ;
-
elle protège ses enfants ;
-
elle maintient Alfred en vie moralement ;
-
elle refuse toutes les pressions.
Les historiens interrogés montrent qu'elle est probablement la première grande actrice de la réhabilitation.
L'entrée en scène de Mathieu Dreyfus
Le documentaire évoque également le rôle du frère d'Alfred.
Mathieu refuse lui aussi de croire à la culpabilité de son cadet.
Il multiplie les démarches.
Recherche les véritables responsables.
Mobilise journalistes et parlementaires.
Le film rappelle qu'Émile Zola qualifiera plus tard Mathieu de « frère héroïque » pour son engagement sans relâche.
Le retournement de l'affaire
Le documentaire rappelle ensuite, de façon plus synthétique :
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la découverte des faux ;
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le rôle du colonel Picquart ;
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la révélation de la culpabilité d'Esterhazy ;
-
le célèbre « J'accuse ! » d'Émile Zola ;
-
la division profonde de la société française.
Mais ces événements restent en arrière-plan.
Le véritable sujet demeure toujours l'attente du couple.
Le retour d'Alfred
Lorsque Dreyfus est finalement ramené en France pour être rejugé, les lettres changent de ton.
L'espoir renaît.
Mais le film montre aussi leur immense fatigue.
Après cinq années d'épreuves, Alfred est physiquement diminué.
Psychologiquement également.
Le documentaire ne s'attarde pas sur la réhabilitation définitive de 1906 ; il s'intéresse davantage au chemin parcouru par le couple jusqu'à la fin du bagne.
Le message du documentaire
La conclusion dépasse le simple cadre de l'Affaire Dreyfus.
Pour Delphine Morel, ces lettres racontent :
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la puissance de l'amour conjugal ;
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la résistance face à l'injustice ;
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la défense de la vérité ;
-
la naissance d'une conscience moderne des droits de l'homme.
Le documentaire montre comment une correspondance privée est devenue un témoignage historique exceptionnel. Les lettres, qui étaient destinées uniquement à maintenir un homme en vie, éclairent aujourd'hui l'une des plus grandes erreurs judiciaires de la République et la mobilisation qui conduira à sa réparation.
On peut lire aussi, de Lucie et Alfred Dreyfus : Écrire, c'est résister. Correspondance (1894-1899). Édition établie par Marie-Neige Coche et Vincent Duclert. Gallimard, coll. « Folio Histoire »

Photos © Maryse Amélineau

































































