
Une centaine de professionnels du bâtiment se sont mobilisés ce vendredi midi au rond-point des Marseillais, à Mâcon, à l'appel de la CAPEB 71. Confrontés à une dégradation persistante de leur activité, les artisans ont exprimé leurs inquiétudes quant à l'avenir de leurs entreprises et réclamé des mesures concrètes pour préserver leurs emplois.
Des dizaines de croix en bois plantées dans la terre, des fumigènes, quelques pétards, des gilets orange et des pancartes aux messages sans équivoque. Après une opération escargot entre Chalon-sur-Saône et Mâcon, les manifestants se sont retrouvés à midi au rond-point des Marseillais, transformé en cimetière symbolique pour les entreprises du bâtiment.
"Ici, l'État enterre nos entreprises !", "Élus, réveillez-vous ! Le bâtiment s'effondre !", "Artisans en colère !", "Laissez-nous travailler !" ou encore "Sauver les artisans du bâtiment, c'est maintenant ou jamais !". Les messages se succédaient. "Hausse des prix = fermeture des entreprises du bâtiment !", "Quand le bâtiment ne va plus… Rien ne va plus !" ou "Charges qui explosent, chantiers en chute, normes qui étouffent…", pouvait-on également lire.
À l'initiative de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) de Saône-et-Loire, cette mobilisation s'est déroulée dans un contexte économique difficile. Selon l'organisation, le secteur connaît treize trimestres consécutifs de recul d'activité. Plus inquiétant encore, 200 entreprises du bâtiment sont actuellement en dépôt de bilan devant les tribunaux de commerce de Saône-et-Loire et 400 emplois ont été supprimés dans le département en seulement deux ans (dans le secteur du bâtiment).
"Quand le bâtiment va, tout va…"
"Quand le bâtiment va, tout va. Et vous savez quoi ? Il va mal !" Cette formule, entendue au cours du rassemblement, résumait les inquiétudes exprimées par les professionnels. "Marre de travailler pour des clopinettes ! À la fin, qu'est-ce qu'il reste ?" Emmanuel Leblanc, secrétaire général de la CAPEB 71, a rappelé l'ampleur de ces difficultés avant de présenter un plan de sauvegarde de l'artisanat du bâtiment comprenant neuf propositions prioritaires, déclinées en 33 mesures concrètes. "On n'est pas des casseurs, mais des bâtisseurs", a-t-il rappelé.
Des mesures concrètes pour enrayer la crise
Pour relancer l'activité, la CAPEB réclame une TVA à 5,5 % sur tous les travaux de rénovation, une refonte des aides à la rénovation énergétique et une politique du logement ambitieuse et stable. "La TVA à 5,5 %, c'est plus de pouvoir d'achat pour les clients", rappelait une pancarte. D'autres demandaient le retour de ce taux sur les chaudières à gaz à condensation.
Face à l'érosion du pouvoir d'achat, elle demande des mesures d'urgence sur les carburants, une baisse des charges sociales et fiscales pour les indépendants et les salariés, ainsi qu'un soutien aux trésoreries des très petites entreprises. "Stop à l'augmentation des énergies ! Gaz, fioul, électricité et gasoil !", dénonçait un autre panneau. Enfin, l'organisation souhaite simplifier les démarches administratives, rétablir l'équité avec le régime de la micro-entreprise et revoir la politique de gestion des déchets du BTP.
Une heure d'échanges avec le préfet
Après une rencontre d'environ une heure avec le préfet de Saône-et-Loire, Dominique Dufour, Denis Guigue, président de la CAPEB 71, est revenu devant les artisans sur les différents sujets abordés. Il a évoqué une écoute attentive et constructive. "Nous sommes là pour trouver des solutions."
Le président a insisté sur la nécessité de retrouver du volume d'activité et de la rentabilité. Il a notamment évoqué les investissements industriels annoncés en Saône-et-Loire, susceptibles de créer de nouveaux besoins en logements pour les salariés. Concernant les aides à la rénovation, il a déploré la complexité de MaPrimeRénov' et rappelé l'ancien dispositif de crédit d'impôt à 30 %. La simplification administrative figurait également parmi les demandes.
Sur les carburants, un plafonnement des taxes apparaissait difficile compte tenu des marges de manœuvre de l'État, malgré les répercussions de leur coût sur l'ensemble de l'activité. Denis Guigue a indiqué que les revendications seraient transmises au Premier ministre et appelé les professionnels à maintenir la pression au cours des six prochains mois.
"Nous avons besoin de construction, d'habitat"
Présent sur place, le député de la première circonscription de Saône-et-Loire, Benjamin Dirx, a également pris la parole. "J'étais entrepreneur avant d'être parlementaire. Je sais que c'est compliqué pour le bâtiment", a-t-il commencé. Il a assuré vouloir porter les revendications des artisans, notamment sur la simplification administrative et la stabilité des dispositifs d'aide. Concernant MaPrimeRénov', il a regretté les changements trop fréquents : "Il faut pouvoir comprendre les systèmes et ne plus y toucher."
Le parlementaire a insisté sur la nécessité d'accélérer les marchés publics et évoqué une augmentation de 2,5 milliards d'euros des enveloppes au niveau national. Sur les carburants, il s'est montré réservé quant à un blocage généralisé des prix. "Si on bloque, on va devoir le payer. C'est notre argent collectif." Il a alors évoqué la possibilité d'aides ciblées vers ceux qui en ont le plus besoin.
Une mobilisation appelée à se poursuivre
Richard Perrier, maire de Volesvres, a rappelé le rôle de proximité des artisans, présents auprès des habitants lors des intempéries. "Vous êtes le maillage social", leur a-t-il adressé, saluant leur savoir-faire : "Vous avez des mains en or." Sandrine Eudo, première vice-présidente de la CAPEB 71, a insisté sur la nécessité de poursuivre le mouvement : "On ne s'arrêtera pas ici." "Notre force est collective, tous ensemble", a conclu Denis Guigue avec émotion.
Vers 13 h 30, à l'issue des prises de parole, les participants se sont retrouvés autour d'un barbecue convivial. Une journée de mobilisation qui pourrait en appeler d'autres, tant les artisans attendent désormais des réponses concrètes pour assurer l'avenir de leurs entreprises.
Yvan Peinaud