
Hausse continue des affaires, charge de travail croissante, moyens humains et matériels insuffisants : l’audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire, tenue jeudi matin, a dressé un constat lucide et préoccupant de l’état de la justice locale. Mais derrière la gravité des propos, magistrats et avocats ont réaffirmé une mobilisation sans faille au service des justiciables et des valeurs républicaines.
L’audience solennelle de rentrée du tribunal judiciaire de Mâcon s’est déroulée selon un rituel immuable, à la fois républicain et symbolique. Temps fort de la vie judiciaire, elle est aussi un moment privilégié de mise en perspective de l’action de la justice, de ses forces comme de ses fragilités. Cette édition 2026 n’a pas dérogé à la règle, mêlant solennité institutionnelle et tonalité grave, reflet des tensions qui traversent aujourd’hui la magistrature.
Autour de la présidente du tribunal Marion Goddier et de la procureure de la République Anne-Lise Furstoss, la grande salle d’audience était comble. Représentants des forces de l’ordre, magistrats, personnels de greffe, avocats du barreau de Mâcon, élus locaux, partenaires associatifs, experts judiciaires et acteurs institutionnels avaient répondu présents. Au premier rang figuraient notamment le maire de Mâcon Jean-Patrick Courtois, le député Benjamin Dirx, la sénatrice Paulette Matray et la secrétaire générale de la sous-préfecture, Flora Séguin.
Si le cérémonial fut respecté, la teneur des interventions a rapidement donné le ton. Dès l’ouverture, Me Sandrine Billiotte-Pertinand, nouvelle bâtonnière du barreau de Mâcon, a lancé un avertissement appuyé. Dénonçant les attaques, insultes et remises en cause dont sont victimes les avocats, elle a élargi son propos à l’ensemble de l’institution judiciaire, rappelant avec force que « la justice est un investissement démocratique ». Une entrée en matière percutante, posant d’emblée la question de la place accordée à la Justice dans la société et du respect de ses acteurs.
Dans la continuité, la procureure de la République Anne-Lise Furstoss a insisté sur la mobilisation totale du parquet face à une activité pénale en nette augmentation. Lutte contre la criminalité la plus grave, prise en charge des victimes de violences intrafamiliales, protection des plus vulnérables et développement de la prévention : autant de priorités assumées « sans concession », malgré la pression croissante sur les services. « Travailler pour le présent, c’est bien ; travailler pour l’avenir, c’est mieux », a-t-elle résumé, soulignant la nécessité d’anticiper plutôt que de subir.
Prenant la parole à son tour, la présidente du tribunal judiciaire, Marion Goddier, a dressé un constat sans détour. Si la continuité du service public de la Justice demeure assurée grâce à l’engagement constant des équipes, les délais s’allongent et les dossiers s’accumulent. La juridiction fonctionne à flux tendu. La présidente a une nouvelle fois appelé à l’arrivée rapide de renforts humains, tout comme à la concrétisation du projet de cité judiciaire, attendu de longue date. Des moyens espérés « avec la foi de Saint Matthieu », dans un contexte où l’institution judiciaire est de plus en plus exposée.
Malgré la morosité du tableau, un message clair s’est dégagé de cette audience de rentrée : à Mâcon, la justice tient. Unie, engagée et profondément consciente de ses responsabilités, l’ensemble de la chaîne judiciaire continue d’agir au service des citoyens. Mais l’appel est lancé. « Les renforts doivent arriver », a conclu la présidente, sous peine de voir l’équilibre déjà fragile de la juridiction durablement fragilisé.
Jean-Yves Beaudot
TRIBUNAL DE MÂCON : Plus de magistrats et de greffiers à l'horizon 2027
































































